| LES CRYPTES DE BELAD ZEHNA | SOMMAIRE |
LES CRYPTES
3° Belad Zehna.
Les cryptes,
assez nombreuses
et intéressantes, y
sont situées
dans un
des ravins qui
divisent le
versant oriental
du Djebel
Fedj el
Adoum, sur
un des contre-forts
de cette montagne
appelé Djebel
Khoubz, auprès
de la source d'aïn el
Hammam, origine
du bel
aqueduc antique
de Thugga. J'ai
déjà dit
que sur
le Djebel
Alia, tout
proche, se
trouvent dé nombreux mégalithes.
Toute cette
contrée est
très pittoresque.
De gros blocs
sculptés par
l'action des météores forment des mamelons d'apparence curieuse,
renfermant de beaux échantillons de bois fossile.
La première de ces sépultures qui ait attiré mon attention est un peu à l'écart des autres. D'un accès facile, son ouverture regarde vers le sud-est. Celle-ci a été en partie brisée, et très agrandie par les habitants d'un douar voisin, auquel la crypte sert de magasin. Sa hauteur actuelle est de 1m,75, sa largeur de 1m,40. L'épaisseur de son montant de gauche est de 0m,57. La salle a la même hauteur, et présente trois niches. L'une, placée au fond, a 0m,40 de hauteur, 0m,35 de largeur et 0m,19 de profondeur.
Les deux autres (fig. 188), situées dans la paroi de droite, sont accolées et disposées comme l'indique la figure ci-contre. Leur profondeur est de 0m,20. Au-dessus d'un de leurs côtés, est une petite dépression triangulaire de 2 à 3 centimètres de profondeur, dont la destination m'échappe.
En avant et à droite de la porte on remarque
sur la
paroi déclive
d'un rocher
une série
de dépressions coniques
de 1 à 3 centimètres
de profondeur, sur
autant de diamètre, disposées suivant
une ligne
sinueuse. Ces
trous avaient-ils
pour but
de fixer plus
solidement un
bloc de grès roulé contre
l'ouverture? La facilité
avec laquelle
on aurait
pu arrivera
cette sépulture
permet d'admettre
cette hypothèse.
On remarque,
en effet,
que cette
crypte n'est
pas logée
dans un
rocher à
paroi verticale.
On est,
en outre,
au premier
coup d'oeil
jeté sur
cette chambre,
frappé d'une
particularité. Sa forme générale est
celle d'une
hutte, d'un
de ces gourbis
comme les
indigènes en
élèvent encore
maintenant.
Est-ce avec
intention qu'en
creusant ces
tombeaux on
a choisi
de préférence un
mamelon de cette forme, rappelant
peut-être celle
des habitations? Je
l'ignore, mais
j'aurai l'occasion
de signaler bientôt
un fait
du même
genre. En
tout cas,
cette considération
s'accorderait avec la tendance qu'ont
eue tous
les peuples
de donner à leurs monuments
funéraires la
forme de leurs demeures, tendance
qui paraît
due à
l'usage, constaté
en plusieurs
pays, que
l'on avait
d'ensevelir les
morts dans
l'habitation elle-même.
Les autres
chambres funéraires
du Belad
Zehna sont
groupées dans
le voisinage
du bordj
du caïd
Mohamed ben
Sultane.
Celles dont
la description
va suivre,
sont situées
sur la
face nord
d'un mamelon
de grès.
La première
présente une
entrée de forme irrégulière, rare
dans ce
genre de sépulture. Mais comme
les bords
en sont
très usés,
il est
difficile de dire si primitivement
elle n'a
point été
carrée. Le
seuil est
à 1
mètre au-dessus
du sol
du vallon.
On remarque
en outre,
à la
surface de la roche légèrement inclinée
qui est
au-dessous de l'ouverture,
deux dépressions
en forme
de marche, qui
sont peut-être
relativement
récentes. L'intérieur
de la crypte est divisé
en deux
chambres. La
première, à
section horizontale
carrée, est
la plus
grande. Ses
parois sont
verticales, le
plafond, légèrement
cintré, a
une hauteur
de
1m,65. Dans
l'angle situé
à gauche
de la porte, est un enfoncement de 0m,08 de profondeur sur
0m,60 de largeur, allant de haut en bas de la paroi. Je ne serais pas
étonné qu'elle
correspondît à la partie céphalique
d'une auge-sarcophage
disparue.
Les deux
salles communiquent
entre elles
par une
porte ayant
son montant
de droite bien
saillant, et présentant un seuil de 0m,34 de hauteur. Elle est cintrée à
sa partie
supérieure
et a une hauteur de 0m,90.
Le sol
de la seconde
chambre est
un peu
en contre-bas
de celui de la première.
Dans la
paroi qui
fait face
à l'entrée
a été
creusée une
niche, de forme rectangulaire, mesurant
0m,36 de hauteur, 0m,30 de longueur, 0m,16 de profondeur en bas, et 0m,11 de profondeur en haut.
On voit
encore sur
ce mur
les traces
de l'instrument qui
a servi
à évider
la roche.
Ce travail
d'excavation devait du reste être
très facile
dans une
pierre aussi
tendre que
le grès.
Près de là, se trouve une autre crypte à deux salles.
L'ouverture primitivement
carrée, actuellement
irrégulière, mesure
1m,25
de hauteur et 0m,72 de largeur. L'épaisseur
de ses parois
est de 0m,55. Elle est de
1m,20 au-dessus
du sol
du vallon.
Sur le
seuil, on
voit nettement
les traces
d'un encastrement, tandis
qu'à la
partie supérieure,
et sur la face extérieure du rocher, deux
rainures obliques
paraissent avoir
eu pour
destination de loger le haut d'une dalle
de fermeture,
ou plutôt
d'une porte.
Entre la
porte et la base du banc de grès, on voit quatre petites
marches qui
sont bien
distinctes dans
la photographie que j'en ai prise.
Les deux
chambres sont
à peu
près d'égale
grandeur.
Dans la première, la partie du sol située auprès du seuil de la porte extérieure, et indiquée dans le plan ci-dessous par un pointillé, est en contre-bas de 0m,06.
On n'y voit point de niches. Mais dans un des angles il existe une fissure naturelle à direction oblique, sur la lèvre inférieure de laquelle on a taillé deux petits gradins formant étagère.
La hauteur
du plafond,
légèrement courbe, est
de
1m,60.
Un seuil
de 0m,08 de hauteur sépare les
deux pièces.
La porte
de communication a
1m,50 de hauteur sur 0m,72 de largeur et 0m,55 d'épaisseur. La
seconde chambre
n'est pas
à section
horizontale carrée.
Deux de ses faces se rejoignent par
une courbe,
ce qui
est dû
à la
conformation du mamelon
où elle
a été
creusée.
On n'aurait
pas pu
lui donner
de plus grandes
dimensions
sans détruire
cette paroi.
Sa hauteur
est aussi
de 1m,60.
Elle ne
présente pas
de niche.
Une autre
crypte voisine
des précédentes est
aussi biloculaire. La surface de sa façade est
formée par
deux courbes,
et il a fallu la creuser assez
profondément, pour rendre
vertical le
plan de l'ouverture.
De là l'existence
en avant
d'elle d'une
petite plateforme
ayant 0m,90
de hauteur, 0m,80
de largeur et 0 m,45 de profondeur.
Le seuil
est élevé
de 0m,20 au-dessus
du sol
de la première
chambre. Pas
de traces d'encastrement.
Cette première
pièce, de forme peu régulière, a 2 mètres de profondeur et, dans le fond, 1m,50 de largeur. Sur la paroi qui
constitue ce
dernier, on
voit une
cavité très
détruite, qui
a peut-être
succédé à
une niche.
Le plafond,
légèrement cintré, a
1m,50 de hauteur. La porte de communication
est irrégulière,
mesurant 0m,60
de longueur et 1mètre de hauteur. Son seuil a 0m,17 d'élévation.
La seconde chambre est de forme irrégulière. L'un de ses angles présente une ouverture donnant à l'extérieur et produite par la destruction des parois. Un autre est coupé par un pan qui présente un détail singulier. C'est un enfoncement de 0m,30 de profondeur, limité d'un côté par l'angle adjacent, et de l'autre par un bord ayant la forme des deux tiers d'un cercle. Ce bord est en outre longé, à l'intérieur de l'enfoncement par une rainure de 0m,03 de profondeur. Au centre du cercle est une dépression triangulaire, ayant à son milieu un trou assez profond de forme conique.
Dans le même alignement
que ces
tombeaux on
trouve une
cavité pratiquée
à l'intérieur
d'un mamelon
de grès, et qui semble être
une crypte
restée inachevée.
Elle a
la forme
d'une fosse
à parois
verticales aboutissant
à un
diverticule demi-circulaire,
de dimensions beaucoup
moindres que
celles des cryptes qui ont été décrites.
Tous deux
sont à
ciel ouvert,
comme si
l'on se
trouvait en
présence d'une
chambre dont
la calotte
supérieure aurait
été enlevée.
Il est
probable que
l'on avait
commencé l'évidement
de ce bloc et que son plafond, sous
les coups
de l'instrument, s'est
troué ou
effondré.
Sur la face sud-ouest du mamelon où se trouvent ces sépultures, il en existe une autre, dont la forme extérieure, comme la crypte décrite plus haut (V. fig. 186) rappelle celle d'une hutte.
La porte, très usée, est à environ 1m,50 au-dessus du sol. Elle a 1m,35 de hauteur et 1m,20 de largeur. La première des deux salles a 1m,20 de hauteur, sa largeur dans le fond est de 1m,40 en bas et de 0m,90 en haut, sur les côtés de 1m,71 en bas et de 1m,59 en haut. On voit donc que les parois en sont légèrement inclinées.
En évidant cette crypte, on a épargné au milieu de deux faces parallèles une bande de pierre verticale, régulièrement taillée, et constituant des pilastres avec tous leurs éléments constitutifs. Ils forment une saillie de 0m,03 et offrent à leur partie supérieure un élargissement terminé à ses extrémités par deux cornes légèrement incurvées à pointe tournée en bas, dont l'ensemble imite assez grossièrement le balustre d'un chapiteau ionique. Ce chapiteau rudimentaire rappelle aussi les colonnes puniques qui ornent certains monuments africains, tels que le mausolée de Dougga et celui de Thuburnica.
Un bandeau
formé par
une large
ligne en
creux passant
au-dessus du
chapiteau, complète
cette ornementation
en figurant
l'entablement. Cette tentative
de décoration décèle
chez ceux
qui ont
creusé les
cryptes, certaines
tendances, mais
aussi une
grande inexpérience
artistiques.
On peut
y voir
le vague
souvenir de monuments plus parfaits
ou la
copie grossière
d'une ornementation
existant dans
d'autres édifices
de la même époque en
Afrique.
La seconde
chambre est
de forme très
irrégulière. On y pénètre par
une porte,
dépourvue actuellement
de seuil, ayant
1m,10 de hauteur, 0m,85 de largeur en bas, et 0m,44 à la naissance
du cintre.
Les parois
y sont
également inclinées vers
l'intérieur et il y a, dans l'une d'entre
elles, une
niche rectangulaire,
ayant en
bas 0m,30,
en haut
0m,25 de largeur, haute de 0m,35, et profonde en
bas de 0m,17, en haut de 0m,15.
L'ouverture de ce tombeau regarde
vers un
vallon très
pittoresque sillonné
par un
profond ravin
rempli de chênes-lièges, et limité sur le versant opposé,
par une
berge escarpée , tapissée de lianes, haute d'au
moins 30
mètres, dans
laquelle ont
été creusées
trois autres
chambres funéraires.
L'une d'entre
elles est
placée à
mi-hauteur de l'escarpement, et d'un accès très
difficile. Son
ouverture est
munie d'un
encastrement très bien
conservé d'une
largeur de 0m,15 sur les côtés, de 0m,10 en haut, et de 0m,03 de profondeur ; sa hauteur est
de 1mètre, sa largeur
de 0m,80 à l'extérieur et de 0m,65 à l'intérieur,
son épaisseur
de 0m,40. Elle
présente à
sa partie
postérieure un seuil de 0m,05 de hauteur sur 0m,17 de largeur. En
arrière de celui-ci, on remarque
dans le
sol de la tombe, et de chaque côté de l'ouverture, deux
trous qui
paraissent avoir
eu pour
but de recevoir des tiges destinées
à maintenir
à l'intérieur
une porte
fermée. L'ouverture
de la crypte était placée
au-dessus du
sol de la chambre. La
figure ci-contre
donne
ses rapports
avec la
paroi antérieure.
Cette pièce
a une
hauteur de 1m,60 et une profondeur de 1m,70 sur une largeur de 2m,54. Dans le fond, on remarque une
fausse porte
d'une largeur
de 1m,47 sur
0m,20 de profondeur s'étendant depuis
le sol
jusqu'au plafond.
Une autre crypte se trouve un peu en aval de celle-ci, à une hauteur de 4mètres. Pour
y arriver,
j'ai dû
me servir
d'une échelle
de cordes attachée
au haut
de la muraille.
Son ouverture,
carrée, présente
un encastrement.
Elle n'offre,
à son
intérieur, rien
de particulier qu'une
niche faisant
face à
la porte.
Elle est
de forme rectangulaire.
La dernière
crypte qu'il
me reste
à décrire
est située
non loin
et au-dessous de la précédente. Son
entrée est
d'un accès
assez facile.
La seconde
de ses deux chambres présente
une solution
de continuité due
à la
destruction de sa paroi, qui
était très
mince eu
ce point.
L'orifice d'entrée
est carré,
et muni d'un encastrement de 0m,07 de largeur situé
en arrière
d'une plate-forme
de 0m,49 de largeur. A l'intérieur,
il est
encadré par
un bord
plat, en
retrait sur
les parois
de la chambre.
Celle-ci a
2m,26 de profondeur sur 1m,50
de largeur, et environ 1m,50 de hauteur. Elle est cintrée à
sa partie
supérieure (Sa forme intérieure est
donc celle
de certains monuments
funéraires, probablement
phéniciens, que j'ai décrits, situés
aux environs
de Souk el Arba. La nécropole de Butta Regia, fouilles
opérées en
1889, in
Bull, arch.,
1890, 2,
p. 152,
fig. 2.) mais plus basse
de 0m,15 dans
le fond
qu'en avant.
La porte
de communication
qui réunit
les deux
pièces est
arrondie à
sa partie
supérieure, haute de 0m,95, large de 0m,60. La seconde
chambre a
2 mètres
de longueur sur
1m,50 de largeur. L'un de ses angles est
arrondi à
cause de la forme extérieure
du mamelon
de grès, où
elle a
été creusée.
C'est en
ce point
que se
trouve une
entrée pratiquée
aux dépens
de la paroi, à une époque récente.
Le cintre
de la voûte est, dans lé fond, à 0m,75 et près de la porte à 0m,15 au-dessus
du sol.
Les parois
présentent un
essai de décoration intéressant.
C'est d'abord, à la naissance du cintre, un bandeau, formé par deux lignes creusées parallèlement et séparées par un intervalle de 1 centimètre. Perpendiculairement à ce bandeau s'abaissent trois séries de lignes accouplées, qui divisent les parois latérales en panneaux.
En outre,
il existe,
disposés d'une
façon très
dissymétrique
parmi ces
derniers ,
une série
de graffites très
grossiers
, figurant
des palmettes, des cercles s'entrecoupant ou
à rayons,
enfin des signes formés de traits entrecroisés, et dont quelques-uns rappellent
un peu
certains caractères
libyques. J'ai
hésité longtemps,
avant d'admettre
que ces
traits aient
été tracés
par la
main de l'homme. M. le pro- fesseur
Gosselet, à
qui j'ai
soumis les
calques que
j'ai pris,
et dont le plus intéressant
est reproduit
ci-contre (2),
ne croit
pas que
ces dessins
soient un
phénomène naturel.
Quel est
l'âge de ces sépultures, qui
se rencontrent
le plus
souvent au
voisinage des dolmens, dont les cadavres paraissent
n'avoir pas
été incinérés
au moins
dans certains
cas, et dans lesquels on
trouve une
régularité dans le travail, une
tendance à
l'ornementation qui semblent
les différencier,
quant à
la date,
des mégalithes? MM.
Bertholon et Touttain les croient
berbères. Avec
Guérin et Tissot, je les considérerais
volontiers comme
phéniciennes
ou libyco-puniques.
On a
vu au
cours de cette description les
rapprochements qui expliquent
cette opinion.
Il y
a lieu
cependant, jusqu'à
ce que
des observations heureuses
nous fournissent
plus de renseignements
à cet
égard, de tenir compte du voisinage fréquent
qu'elles présentent
avec les
mégalithes, voisinage déjà
signalé par
le colonel
Mercier à
propos de la nécropole de la Roknia, et par de Bosredon, qui
ajoute ceci
: «
partout où
les Cyrénéens
ont pu
tailler leurs
chambres funéraires
dans le
roc, ils
l'ont fait
».