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RECHERCHES BIBLIOGRAPHIQUES
Voyage archéologique
en Tunisie. Période: 1882-1883
Auteur: J. POINSSOT
Source: BULLETIN DES ANTIQUITES AFRICAINES. TOME TROISIEME. 1885
La voie romaine passe ensuite au pied d'un mamelon isolé, couvert de ruines auxquelles de nombreuses citernes étagées les unes au dessus des autres ont fait donner le nom d'Henchir Douameus (la ruine des citernes) (pl. VI).

Il est couronné par un
plateau assez étendu, en partie couvert de cactus, au sud duquel s'élève la
Djemaa Sidi Messaoud, et tout près, un bordj arabe construit en partie sur les
voûtes de vastes citernes. La partie septentrionale de ce plateau est entourée
par les murs en partie détruits d'une citadelle; sa face nord a seule conservé
ses tours carrées à demi rasées, ainsi que les vestiges d'une porte. Au pied, à
la tête d'une vallée se dirigeant vers l'extrémité du Gorrâ, on voit un petit
amphithéâtre. En face, de l'autre côté du col qui aboutit à la vallée dont nous
venons de parler, les murs d'un édifice assez vaste construit en pierre de
taille. Deux mausolées a demi renversés s'élèvent sur les pentes qui descendent
de la ville.
C'est là tout ce qui est demeuré de la Colonia Mariana Augusta Alexandriana
Uchitanorum Majorum, dont une inscription trouvée en 1882, par M. le docteur
Balthazar nous a fait connaître les noms.
C'était l'un des quinze « oppida civium Romanorum » énumérés par Pline. Son
surnom de Mariana indique qu'elles doit son origine à ces distributions de
terres prélevées sur celles de l'ancienne province d'Afrique, faites aux
vétérans de Marius, après la guerre contre Jugurtha, en vertu d'une loi proposée
par L. Appuleius Saturninus. Elle était donc comprise dans les limites de
l'ancienne Province, c'est pourquoi la correction proposée à la liste de
Ptolémée (4,3,29), par Morcelli qui veut qu'au lieu de
on lise à cet endroit
c'est-à-dire « les deux Uchi
», doit être rejetée. Cette liste ne comprend que les villes de la Numidie.
Les surnoms d'Augusta et d'Alexandriana montrent qu'elle reçut de nouvelles
colonies sous les règnes d'Auguste et d'Alexandre Sévère. Plusieurs évêques d'Uci
sont mentionnés par les auteurs sacrés.
Une dédicace à la Concorde, que nous reproduirons tout à l'heure, nous apprend
que la civitas Bencennensis, dont l'évêque assistait au concile de l'an
411, était voisine d'Uchi, et que l'empereur Sévère Alexandre lui accorda la
faveur de se réunir à cette ville et de prendre son nom.
Outre les textes inédits que nous avons trouvés dans les ruines d'Uchi nous
donnerons de nouveau les cinq inscriptions découvertes par M. de Balthazar,
parce que, à l'exception d'une seule, mes copies diffèrent des siennes, telles
du moins qu'elles ont été publiées par M. Tissot, soit dans les Archives des
Missions, soit dans le bulletin épigraphique de la Gaule.







Cette inscription ajouta un nom nouveau à la liste des préfets du prétoire, celui de Marcius Attius Cornalianus, citoyen d'Uchi et patron de cette ville. On ne sait à quelle époque il exerça cette magistrature, mais ce ne fut certainement pas avant le règne de Sévère Alexandre, puisque dans notre dédicace la colonie d'Uchi porte le nom d'Alexandriana.


Ce texte intéressant rappelle la construction d'une muraille en pierres de taille appareillées, le mur d'enceinte de la ville sans doute. Lucius Sollonius Lupus Marianus, citoyen romain inscrit dans la tribu Arniensis, qui la fit élever à ses frais, était très probablement un des vétérans de Marius, comme son surnom de Marianus semble l'indiquer. Cette inscription daterait donc de l'époque où la ville fut fortifiée, c'est-à-dire du commencement du premier siècle avant notre ère, ce que la forme archaïque des caractères qui la composent tend du reste à confirmer.






Ces quatre inscriptions proviennent d'un cimetière
situé au sud de la ville, entre celle-ci et l'oued Arko.
A Henchir Ghrar Biod sur le bord de l'oued Arko qui porte à cet endroit le nom
d'O. Biod.

Source: Bulletin archéologique du Comité des travaux historiques et scientifiques. Année: 1917
M. J. Toutain lit la communication suivante:
On sait par de multiples exemples, que, pour,
témoigner leur admiration et leur loyalisme à Rome, maintes cités provinciales
ne se contentaient pas d'adorer la dea Roma et de célébrer en son honneur
un culte officiel; elles s'efforçaient en outre de l'imiter de loin, de se parer
à son image de monuments analogues à ceux qui l'ornaient, tels que Capitoles,
statues de Marsyas portant une outre sur l'épaule, groupes de la Louve et des
jumeaux. Il semble même que plusieurs villes aient voulu reproduire, pour la
disposition de leurs édifices, tel ou tel ensemble romain; nous croyons avoir
montré que les traits caractéristiques du Forum de Trajan et de la Basilique
Ulpienne se retrouvent à Alesia, à Calleva, à Venta Silurum.
Il ne serait pas imposible qu'un sentiment identique ait animé, envers Carthage,
une ville de la Proconsulaire, Uchi Majus. Située au sud-ouest du
Djebel-Gorra, Uchi Majus occupait le sommet d'un monticule, de forme
elliptique, qui surplombe la rive droite de l'oued Arkou. Dans la partie la plus
haute du monticule, à proximité d'une koubba blanche de construction moderne,
ont été trouvées deux dédicaces.

Il faut sans doute rapprocher de cette dédicace à Esculape une dédicace à la déesse Salus, découverte dans les mêms parages de la ruine.

Il y avait, donc la
partie haute de cette petite ville africaine, un sanctuaire d'Escuape et une
satatue de la Concorde, considérée comme une déesse, puisque la première ligne
du second texte porte la formule Concordiae Aug(ustae) sacrum.
Or n'est-il point curieux que, sur la plus élevée des collines de Carthage, sur
Byrsa, les deux monuments dont l'existence est la plus certaine fussent
précisément un temple d'Esculape et un temple de la Concorde.
Notre attention doit être d'autant plus retenue sur cette analogie que l'on trouvé à Uchi Majus une dédicace à Carthage était, dans cette ville, honorée comme une divinité:

Dans leur savante étude sur les Inscriptions d'Uchi Majus, MM. Merlin et Poinssot remarquent fort justement que l'on connaît d'autres images de Carthage personnifiée, mais que cette inscription d'Uchi Majus est la première dédicace connue en l'honneur de Carthage divinisée.
Ainsi, dans cette cité,
Carthage semble avoir reçu les mêmes hommages que Rome dans beaucoup de cités de
l'Empire. Elle y était qualifiée Augusta, et sans doute un culte lui était
rendu; deux des monuments de la ville haute y était consacrés aux mêmes
divinités que deux des temples de Byrsa.
Nous savons, d'ailleurs, que d'étroites relations existaient entre la petite
ville africaine et Carthage. Des inscriptions d'Uchi Majus nomment deux
sacerdotes Cererum, et un decurio, un flamen perpetuus de la colonia Concordia
Iulia Karthago.
Capitale de la Proconsulaire, Carthage exerçait sur les cités de la province un
attrait comparable à celui que Rome exerçait sur tout l'Empire.