| AIN EL HAMMAM | SOMMAIRE |
Docteur CARTON et le Lieutenant Gh.
DENIS
NOTICE SUR LES FOUILLES
EXÉCUTÉES A
DOUGGA (Tunisie)
Société de géographie et d'archéologie de la
Province d'Oran. Tome XIII. 1893
AQUEDUCS ET CITERNES
1. Le petit aqueduc
Sa longueur est
d'environ 250
mètres. Durant
tout son parcours
il est
souterrain. Il
prend naissance
à une
source jaillissant
dans le
roc, est
d'abord sinueux
et mesure
à l'origine
1m60 de
hauteur sur
0m50 de
largeur. Il
aboutit ensuite
à un
regard à
section carrée
ayant de
son orifice
au sol
de la
conduite 3m50
de hauteur,
de sa
paroi d'amont
à sa
paroi d'aval
2 mètres
de largeur
et 1m05
entre les
2 autres
parois.
A l'issue
de ce
regard on
trouve, de
chaque
côté
de la
conduite, une
pierre de
taille présentant
une rainure;
il y
avait là
une vanne
servant à
faire des
chasses.
Plus loin, après
un parcours
de 150
mètres, sur
lequel se
trouvent plusieurs
regards, on
trouve la
dalle de
fermeture de
l'un d'entre
eux, pourvu
d'un renflement
sur deux
de ses
bords.
Cet aqueduc
arrive à
de vastes
citernes placées
au-dessous du
cirque. Elles
sont composées
de sept
compartiments, et leur
ensemble mesure
47 mètres
do longueur
sur 36m
50 de
largeur (voir
pl. 1,
fig. A).
Chacun des
compartiments est une voûte en
berceau, à
parois en
blocage, présentant
à sa
partie supérieure
quatre regards
de 1
mètre de
côté,
dont
l'un
est,
encore muni
de
son opercule.
Il semble
que primitivement
ce réservoir
ait été moins vaste
et n'ait
compris que
les cinq
compartiments de gauche,
les plus
larges. Les
deux; autres
sont, en
effet, moins
grands et
séparés de
leurs voisins
par un
mur de
2m40 d'épaisseur, alors
que les
autres cloisons
ont seulement
0m48 d'épaisseur.
En a, dans le premier compartiment de gauche, on voit encore en place un embranchement, s'amorçant sur la conduite principale, qui passait en avant de l'ensemble des citernes. Il est constitué par une pierre monolithe, creusée en une rigole ayant 0m22 de largeur et 0m17 de hauteur, dont l'axe est oblique par rapport à la direction des parois du compartiment, et dont le canal s'incurve à son extrémité inférieure, vers l'intérieur du compartiment.
L'aqueduc sépare les
citernes d'une
longue salle
perpendiculaire
à toutes
les autres
et qui
paraît avoir
joué le
rôle de
filtre. Un
ciment de
tuileaux, très
résistant, réunit intérieurement
toutes les
citernes.
L'aqueduc passant,
comme il
vient d'être
dit, en
avant de
la construction,
se dirige
vers la
ville, où
il devait
alimenter plusieurs
édifices. Actuellement
on entend
encore l'eau bruire dans
le canal,
et c'est
elle qui
jaillit à
la source
située auprès
de là.
2. Le
grand aqueduc
Cet ouvrage,
aussi remarquable
par la
hardiesse que
par la
beauté de
sa construction,
est d'une
longueur de 12
kilomètres.
Il avait
son point
de départ
dans le
massif du
Djebel Fedj
el Adoub,
à la
source que
l'on désigne
sous le
nom de
Aïn el Hammam.
Les eaux
en sont
légèrement tièdes et coulent dans
un lit
de grès
rouge.
Elles étaient
captées par
un grand
bassin quadrilatère
en blocage
d'environ 10
mètres de
côté, à
peu près
détruit maintenant
et caché
par une
broussaille inextricable.
A sa sortie de la gorge où il prend naissance, l'aqueduc
devient immédiatement,
souterrain, et
le premier
regard que
l'on rencontre en a du
plan, comblé
à sa
partie inférieure,
a néanmoins
déjà une
profondeur de
10 mètres
au minimum.
Plus loin,
la conduite
sortait de
terre, franchissait
un ravin
probablement à l'aide d'une ou deux arches,
dont il
reste seulement des masses de blocage écroulées
au fond
de celui-ci,
puis elle
pénétrait profondément
sous une
colline, pour
reparaître au
bord d'un
ravin qu'elle
franchissait sur un pont aqueduc.
On avait
pris de
grandes précautions
pour empêcher
la violence
des eaux
de détruire
ce pont,
qui a
dû être
affouillé probablement
et menacé,
sinon détruit,
à un
moment donné.
Un peu
en amont,
on voit
en effet
un barrage
d'où part un canal qui, à en juger par sa direction et
parce qu'il
a la
même largeur
que le
pont, devait
suivant, toute
probabilité, aboutir à
ce dernier
(Pl II,
fig. 1).
S'enfonçant de nouveau en terre, mais à peu de profondeur, on le perd sur une longueur de 160 mètres environ, il contourne un mamelon et traversait l'Oued Zehna, sur un pont en blocage, maintenant détruit.
Au delà de cette rivière il chemine à flanc de coteau, décrivant de nombreuses sinuosités, et passe à hauteur du bordj Bou Baker, auprès d'un autre petit aqueduc issu d'une source voisine. Puis il passe au-dessus de l'Oued Melah, sur un pont monumental d'une hauteur totale de plus de 20 mètres et d'une longueur de 200 mètres, présentant en son milieu une double rangée d'arches d'une très grande hardiesse.
Les pierres en
beau calcaire
jaune ont
un bossage
soigné et
qui donne
à l'ensemble
une grande
élégance.
Au point
où il
sort de
terre, un
ravinement en
a emporté
un ou
deux piliers.
En A
(Pl II,
fig. 2),
un bandeau
à ras
du sol
sépare les
voussoirs des
pieds droits,
qui n'ont
guère d'élévation.
Ce bandeau
est, dans
toutes les
arches, à
la même
hauteur et forme pour
ainsi dire
l'imposte de
l'arc.
En B,
un autre
bandeau qui
sépare les
piliers de
leur base
s'abaisse
au contraire à mesure qu'augmente la
hauteur de
l'aqueduc.
En o commence
la série
de deux
arcades.
A partir de p, il est difficile de
compter exactement
les arches,
car les
piles n'existent
plus. Il
y avait
environ une
douzaine de
doubles arches,
et la
plus grande élévation
de l'aqueduc
devait être
d'environ 25
mètres.
Sur la
rive gauche
de l'Oued
Melah, les
piliers sont
encore plus
détruits, mais
on peut,
d'après la
longueur du
parcours de
l'aqueduc
et
les dimensions
très régulières
de ces
arches, admettre
qu'il en
existait.
Au point où, sur cette rive, l'aqueduc redevient souterrain, on trouve un large puits de 3m30 de largeur, qui semble situé sur son trajet, Ce puits devait servir de relaie pour amortir la vitesse de l'eau, et peut-être aussi de voie d'écoulement dans le cas où un éboulement serait venu à se produire dans le long parcours souterrain que faisait ensuite la conduite, Il est renforcé vers la vallée par un pilier de 5m20 de hauteur.
Après s'être enfoncé profondément en terre, comme il vient d'être dit, il reparaît sur les bords de l'Oued Dahaz, où la lumière du specus peut être mesurée; elle a 1 mètre de hauteur sur 35 centimètres de largeur. L'épaisseur des murs est de 70 centimètres.
L'aqueduc traversait la rivière sur quelques arches en pierres de taille actuellement très endommagées, puis il cheminait à une faible profondeur suivant les ondulations des coteaux et arrivait au Ghabet el Amri, qu'il franchissait sur un pont de 30 arches et de 40 mètres de longueur, construites d'après le même mode que les arches de l'Oued Melah. Leur plus grande hauteur est de 6 mètres du sol à l'intrados.
Il a été possible d'étudier ici les détails de la voûte supérieure do l'aqueduc, ce qui n'avait pu être fait au pont de l'Oued Melah.
Extérieurement le specus
était en
blocage et
tranchait ainsi
de façon
très nette
sur les
belles pierres
des arches,
Chacun des
piliers se
continuait sur
le mur
uni de
blocage, par
une largo
saillie de
renfort s'élevant
jusqu'au dessus
du
specus.
La section
de ce
dernier mesure
ici 1m62 de
hauteur sur 62 centimètres
de largeur
; l'épaisseur
des parois
est de
48 centimètres
d'un côté
et de
58 centimètres
de l'autre.
Au-delà, l'aqueduc
devient de
nouveau souterrain
jusqu'à l'Oued
Galoussia, qu'il
franchit sur
un pont
de 30
mètres de
longueur et
dont la
plus grande
hauteur de
l'intrados au
sol est
de 7m50.
Comme le montrent les croquis joints à celle note, le specus, pour passer des arches de ces ponts sur le sol et devenir souterrain, garde sur une longueur de quelques mètres la disposition extérieure qu'il a au-dessus des arches, c'est-à-dire qu'il a l'aspect d'un mur en blocage, offrant de distance on distance un pilier de renfort.
Au-delà de l'Oued Galloussia, l'aqueduc souterrain passe auprès des ruines d'un bourg important, où l'on remarque tout d'abord un réservoir et une vaste citerne large de 8m50, longue de 27 mètres intérieurement, et dont le toit, soutenu par 30 piliers en grand appareil très grossier disposés en 4 rangées, était formé de grandes dalles, reposant par leurs extrémités sur la partie supérieure des piliers. Quatre regards pratiqués chacun dans deux dalles contiguës se voient encore dans celle voûte. Comme il était rempli en partie de fumier, nous n'avons pu en prendre la hauteur, qui est d'au moins 3 mètres. Une couche de ciment de tuileaux, reposant sur 30 centimètres de blocage recouvrait les dalles du toit.
Ces citernes
étaient alimentées
par une
source captée
et qui
sort encore
actuellement de son aqueduc brisé.
Plusieurs rigoles
en pierre
ont été
trouvées dans
le voisinage.
Le grand
aqueduc redevient
souterrain et
affleurant en un point de son parcours,
passait à
Lbouïa, où
l'on trouve
encore trois
sources captées
desservant un
petit aqueduc,
dont la
section n'est
plus celle
d'un arc
cintré.
Auprès de
là, on
peut voir
les restes
d'un temple
encore debout
en partie
et qui
devait être
assez richement
orné, à
en juger
par
les débris
de colonnes
et d'entablements
qui couvrent
le sol.
Un kilomètre deux cents mètres plus loin, après un grand détour, l'aqueduc aboutit à l'henchir Lbouïa, où il franchit la vallée sur un dernier pont ; celui-ci, n'est plus en bel appareil, mais simplement en blocage (ce qui donne à penser que ce que l'on en voit encore actuellement est le reste d'une reconstruction postérieure à l'époque, où a été édifié l'aqueduc), et comprend onze arches, dont la plus grande élévation est de six mètres. La section du specus mesure de ce point, à l'intérieur 1m25 de hauteur, 0m56 de largeur, el les parois ont 0m02 d'épaisseur.
L'aqueduc redevient ensuite souterrain jusqu'à Dougga. A 200 mètres au-delà du ravin de Lbouïa, on voit, deux autres regards d'un aqueduc dont la direction est oblique, par rapport à celle des regards du grand aqueduc. On dirait un travail de captation et d'adduction amenant un affluent à ce dernier.
Peut-être, en effet, y conduisait-il l'eau d'une source située dans le voisinage, mais c'est peu probable, car il n'y en a pas d'importante.
Si l'on examine le plan de l'aqueduc, on voit que près du temple de Lbouïa, plusieurs regards semblent se diriger vers Dougga, et, par suite, vers le point qui nous occupe maintenant. Si l'on considère d'autre part le grand détour que fait l'aqueduc entre ces deux points, on se demande comment les ingénieurs n'ont pas simplement traversé par un souterrain le pied de la presqu'île montagneuse qu'il contourne, quand pour le même aqueduc ils ont déjà exécuté des travaux du même genre beaucoup plus considérables.
C'est probablement ce qui a été primitivement. Un autre fait vient d'ailleurs à l'appui de cette opinion, c'est la différence qui existe entre les appareils de tous les autres ponts de l'aqueduc et de celui de l'henchir Lbouïa, qui n'est pas de la même époque.
Les conditions géologiques du terrain tourbeux et humide que traversait primitivement l'aqueduc ont peut-être poussé à faire décrire ultérieurement à ce canal une courbe qui augmente sa longueur de plus d'un kilomètre.
A Dougga, l'aqueduc se jette dans le groupe considérable de citernes situées près Bab Roumia (citernes B).
Celles-ci se composaient de cinq compartiments ayant dans leur ensemble une largeur de 33 mètres sur une longueur de 39m60.
En avant d'eux et perpendiculairement à leur direction, est un compartiment filtre. Il est probable que c'est. un embranchement de la grande conduite.
L'aqueduc passe entre deux compartiments, logé dans le tympan qui sépare l'extrados de leur voûte.
Les dimensions intérieures du canal sont en ce point de 1m47 de hauteur el 0m45 de largeur. Il descend ensuite vers la partie basse de la ville, où il alimente de vastes citernes, qui étaient peut-être destinées a desservir les Thermes qui en sont très rapprochés (citernes B).
Comme on en juge par le plan les regards qui allaient de la surface du sol au canal lui-même, étaient très nombreux, et c'est leur présence qui a permis de se rendre compte de son trajet. Ces regards avaient intérieurement la forme d'un cylindre creux d'un mètre de diamètre et extérieurement celle d'un prisme rectangulaire surmonté d'un cylindre. La partie prismatique, souvent endommagée maintenant, devait être cachée dans le sol, tandis que la partie cylindrique s'élevait au-dessus de celui-ci, Une dalle carrée formait l'orifice; elle était le plus souvent sans ornement, mais, dans la cité, elle présentait sur deux de ses bords un renflement cylindrique, comme on l'a vu pour le petit aqueduc.
Deux fragments d'une inscription trouvée enfouie à 150 mètres au-dessus de la première citerne paraissent se rapporter à la construction de cet aqueduc ou à son achèvement et à son entretien.