DOUGGA   SOMMAIRE

RECHERCHES BIBLIOGRAPHIQUES CARTES POSTALES ANCIENNES INSCRIPTIONS LATINES


Thomas SHAW 1743
Jean André Peyssonnel 1838
Edmond PELLISSIER de Reynaud 1853
Henri SALADIN 1882-1883
Victor GUERIN 1862
J. POINSSOT 1885
René CAGNAT et Henri SALADIN 1888
Dr Carton 1895
Bulletin archéologique de Sousse 1905

Auteur: Thomas SHAW (1694-1751)
Titre :  Voyages de M. Shaw (traduits de l'anglais)
Publication :  La Haye. J. Neaume, 1743

Dugga

Dugga, ou ce qui revient presque au même, Tugga, pourrait très bien, tant à cause de la ressemblance des noms, que pour la grande variété des ruines que l'on y trouve, être prise pour la Tucca des Anciens, si les inscriptions qui nous en restent ne lui donnaient pas expressément le nom de Thugga. Elle est située à l'extrémité d'une petite chaîne de collines, environ à deux milles au Sud de Tuber-soke, et la ville était autrefois fournie d'eau par un aqueduc. On y trouve encore plusieurs tombeaux ou mausolées, et le portique d'un temple orné de belles colonnes. Sur le tronçon de cet édifice on voit la figure d'un aigle déployée parfaitement bien faite, avec l'inscription suivante au dessous, en mémoire apparemment des fondateurs.

Sur la frise d'un portique:

Sur une pierre carrée:


Voyage archéologique en Tunisie. Période: 1882-1883
Auteur: J. POINSSOT
Source: BULLETIN DES ANTIQUITES AFRICAINES. TOME TROISIEME. 1885

Dougga (Thugga)

Les ruines de Thugga, aujourd'hui en partie couvertes par les constructions du village arabe de Dougga, couronnent l'une des collines qui bordent au nord la vallées de l'Oued Kralled, à environ huit kilomètres au sud-ouest de Teboursouk. Une voie romaine, dont la chaussée subsiste encore en plusieurs endroitsk, réunissait les deux villes.

Ces ruine ont été souvent visitées, un grand nombre de voyageurs les ont décrites, et M. Guérin, dans son voyage en Tunisie, leur consacre un chapitre à l'exactitude duquel il n'y a rien à reprendre et auquel il reste peu à ajouter. Nous nous contenterons donc de reproduire ici les notes que M. Henri Saladin, architecte chargé d'une mission en Tunisie, a bien voulu rédiger à notre prière pour accompagner les gravures qui représentent les deux principaux monuments de Dougga.

Le temple de Jupiter et de Minerve (pl. VIII et IX)

«Le temple de Dougga, élevé en l'honneur d'Antonin le Pieux et de Lucius Verus par Lucius Marcius Simplex Regillianus et par Lucius Marcius Simplex, flamine perpétuel et patron de la cité, est un tétrastyle prostyle corinthien. Il mesure 14m30 de longueur sur 10m60 de largeur. Le fronton, intact, a son tympan décoré d'un haut relief représentant un aigle qui enlève une figure nue.» - Cette scène allégorique, où M. Guérin a cru voir l'enlèvement de Ganymède, me semble plutôt représenter la consecration ou apothéose d'un empereur.

Quoique la frise de l'entablement paraisse un peu trop haute pour la proportion de l'ordre, néanmoins cet ensemble est le morceau d'architecture romaine le plus remarquable qui subsiste encore en Tunisie. La corniche est d'un beau caractère, et fort bien traitée, les architraves sont décorées de soffites simples et les chapiteaux sont très élégants; les angles des tailloirs sont bien dégagés et les feuillages sont modelés avec beaucoup d'élégance; les colonnes sont cannelées dans toute leur hauteur et faiblement galbées.

La porte sur laquelle se lit l'inscription est à crossette et son chambranle subsiste en entier, quoique tout le mur de la cella soit détruit de ce côté; cette partie est assez bien exécutée, quoique la mouluration soit un peu lourde.

En somme, on juge, d'après les vues présentées ici, de tout l'intérêt que présente ce temple. Il faut donc que sa conservation soit assurée par tous les moyens possibles, l'état actuel l'expose à dees dégradations et à la ruine. Il faudrait pouvoir dégager ces restes de murs arabes qui les encombrent et isoler cet ensemble dans une enceinte fermée où il serait à l'abri de toute dégradation.

Arc de triomphe (pl. X)

Cet édifice, analogue à l'arc de Makteur comme ordonnance, se compose d'un grand arc accosté de deux pilastres de chaque côté, pilastres qui comprennent une niche entre deux; cette niche, au lieu d'être comme à Makteur sous l'imposte de l'arc, se trouve au dessus; les pilastres, dont la base repose sur une plinthe décorée d'un cadre, sont cannelés et les cannelures, jusqu'au tiers, remplies par des baguettes. L'arc n'a pas d'archivolte, mais une simple moulure sur l'arête. A la hauteur des chapiteaux règne au dessus de l'arc une sorte de bandeau décoré de losanges et de médaillons en très bas-reliefs. Ce monument, d'un caractère très fin comme décoration a perdu son couronnement.

Cirque

Sur le plateau qui domine Dougga, on voit les traces d'une vaste enceinte ayant la forme d'un parallélogramme très allongé dont une extrémité est arrondie en hémicycle. A l'autre extrémité s'élevait un édicule rond, bâti en pierres soigneusement appareillées et entouré de colonnes. Il est aujourd'hui entièrement renversé, et il faut chercher parmi les blocs gisant sur le sol les fragments de la longue inscription gravée sur sa frise. Cette inscription a été relevée par M. le lieutenant Boyé, qui a bien voulu me la communiquer. Je n'ai pu contrôler sa copie qui présente trop de lacunes et d'incertitudes pour que l'on puisse en essayer le restitution, car a face des blocs qui porte l'inscription était tournée vers le sol et leur poids trop considérable empêchait de le retourner.

Aqueduc

L'aqueduc qui alimentait Dougga est remarquable par sa longueur et ses dimensions. Il prend naissance au nord de Sidi Ab der Rebbou et on peut presque partout suivre sa trace sur un parcours de cinq à six kilomètres. On rencontre trois séries d'arcades dont il ne reste plus que les piliers bâtis en pierre de grand appareil. A un kilomètre environ de Dougga, une autre série d'arcades, construites cette fois en petit appareil, s'est conservée presque intacte. Les voûtes les plus hautes sont à environ sept mètres du sol. Elles portent un canal voûté fait en blocage mesurant 0m50 de largeur sur 0m85 de hauteur. Ses murailles sont épaisses de 0m25. Dans la partie souterraine qui est visible un peu plus loin, il existe de distance en distance des regards en forme de cheminée dépassant parfois le sol de plus d'un mètre. Le diamètre intérieur de ces cheminées et de 1m12, de distance en distance (environ 0m40), des trous pratiqués dans la maçonnerie permettaient d'y descendre aisément. Ces renseignements très précis m'ont été fournis par le docteur Darré.


Auteur: Jean André Peyssonnel
Relation d'un voyage sur les cotes de Barbarie (1724-1725)
Source: Voyages dans les régences de Tunis et d'Alger. Tome I.
Publication: Paris, 1838

LETTRE SIXIEME

A Monsieur l'abbé Bignon, Conseiller-d'Etat, contenant la suite de la description géographique du royaume de Tunis.

Tunis, le 16 août 1724

Le 9 août j'arrivai à Tucca, éloigné de trois lieues de Musti. La ville de Tucca était située sur le penchant d'une petite colline où nous trouvâmes plusieurs restes d'édifices, entre autres le portique d'un temple encore en bon état; il était soutenu par six grosses colonnes dont quatre faisaient la façade et les deux autres étaient sur les côtés. Chaque colonne avait quatre pieds de diamètres sur environ quarante de hauteur. Sur le haut du portique il y avait une aigle déployée et accroupie et le haut de la porte du temple, qui n'était pas fort grand, avait une niche; au fond on lisait …:

Cette porte n'était composée que de quatre pierres dont les deux montans avaient trente pieds de long sur vingt de large. A côté du temple on lisait sur une pierre:

A côté d'un autre édifice qui est un peu éloigné de la ville:

Et dans un autre endroit:

On y trouve les débris d'un temple qui était en arc ouvert au milieu, une grande façade se présentait qui pouvait avoir cent pas de large; le temple s'enfonçait en demi-rond. La façade était soutenue par des colonnes et les colonnes soutenaient encore un corridor tout autour du temple. Sur ces colonnes il y avait de grosses pierres écrites en caractères romains; mais nous ne pûmes jamais ramasser assez de lambeaux pour former un sens, attendu que tout est détruit et renversé. Au milieu du temple il y avait un autel élevé qui avait six pieds sur quatre de façade, et tous ces débris marquent une grande magnificence ou un bon goût dans l'architecture et l'ordre de l'édifice plus beau que celui de Zawan, quoique d'une forme à peu près semblable.

L'on trouve encore là un mausolée dans le goût de ceux de Marazana et de Toelsen. Celui-ci est encore plus grand. Il y avait en dedans quatre chambres destinées à des morts; il était surmonté de statues, et l'appartement supérieur n'était point ouvert. On y trouve une inscription en caractères hébraïques que je ne pus déchiffrer. Il reste encore les débris de plusieurs palais et de plusieurs temples qui annoncent avoir été superbes. Voici les épitaphes que nous y trouvâmes:

L'épitaphe suivante était sur un sépulcre de marbre:

On voit encore les restes des aqueducs qui conduisaient l'eau dans la ville. Quelques Bédouins habitent encore dans ces masures et se servent d'une petite source d'eau qui se trouve au bas de la ville. A quelque distance sont d'autres masures sur lesquelles on lit:

Ailleurs on lit l'inscription suivante:

Ces ruines contenaient en outre plusieurs épitaphes.


Auteur: Victor GUERIN (1821-1891)
Titre :
Voyage archéologique dans la Régence de Tunis en 1860
Publication :  Paris. H. Plon, 1862

CHAPITRE QUINZIEME
Description des belles ruines de Dougga, jadis Thugga

Sortis de Teboursouk à deux heures trente minutes, nous nous dirigeons vers Dougga. Après avoir traversé les plantations d'oliviers qui s'étendent au bas de la ville, nous prenons au sud-ouest un sentier qui serpente au milieu de plusieurs collines, les unes couvertes de hautes broussailles, les autres cultivées.

A quatre heures quinze minutes, nous arrivons à Dougga.

Je me fais conduire aussitôt par un habitant au célèbre mausolée qui était revêtu, il y a quelques années encore, de la fameuse inscription bilingue, punique et libyque, dont une copie avait eu le privilège d'exercer la sagacité des plus savants orientalistes de l'Europe. Ce mausolée est l'un des monuments les plus remarquables de l'antique Thugga, jadis ville étendue et florissante, comme le prouvent les ruines considérables qu'on y trouve, aujourd'hui pauvre hameau de trois cents habitants environ, qui a retenu, à peine altéré, son nom primitif dans la dénomination actuelle de Dougga.

Pour se rendre à ce monument, il faut descendre de la colline dont ce petit village occupe le plateau. Les pentes méridionales en sont plantées d'un vieux bois d'oliviers, au milieu duquel on admire les débris de ce magnifique tombeau. Il était aux trois quarts intact il y dix-huit ans. Depuis cette époque, il a été en partie détruit par sir Thomas Reade, alors consul général d'Angleterre à Tunis, qui en fit démolir toute une façade par les habitants de cette localité. Son but était d'enlever, afin de le faire scier en tablette plus transportable, un énorme bloc engagé dans la façade orientale du mausolée. Ce bloc, en effet, était revêtu de deux inscriptions, l'une punique et l'autre libyque.

Pour le détacher de la façade dans laquelle il était encastré, il fallut retirer préalablement tous les autres blocs qui étaient superposés à ce dernier; mais comme les Arabes que sir Thomas Reade employa à ce travail étaient dépourvus des moyens et des instruments nécessaires pour l'exécuter méthodiquement et sans nuire à l'ensemble du monument, ils précipitèrent du haut en bas ces blocs supérieurs en les soulevant avec de forts leviers et les tirant ensuite avec des cordes. Ces blocs en tombant du sommet de l'édifice brisèrent dans leur chute les angles des assises inférieures, l'ébranlèrent lui-même en partie, et accumulèrent à l'entour un monceau de débris gigantesques qui ne permettaient plus maintenant de débris gigantesques qui ne permettent plus maintenant de pénétrer dans l'intérieur des chambres sépulcrales d'en bas. Néanmoins, il es encore facile de reconnaître la forme primitive du mausolée.

Il s'élevait sur un terrain incliné en pente douce. Là où le sol baisse le plus, on compte six gradins qui servent comme de soubassement; à l'endroit opposé, il y en a moins, sans que je puisse en déterminer le nombre, à cause de la quantité de blocs renversés qui sont amoncelés de ce côté. Le monument a été construit en retraite sur le gradin supérieur: sa longueur est de six mètres quarante-quatre centimètres; ainsi il forme un rectangle presque carré. Chacun de ses quatre angles était orné d'un pilastre ionique cannelé dont les débris gisent à terre. Il était divisé en deux étages, le premier étage renferment quatre petites chambres sépulcrales et le second deux seulement. Celui-ci, à moitié démoli et écroulé sur l'étage inférieur, qui est de la sorte presque entièrement enseveli, était lui-même surmonté d'une espèce de pyramide, aujourd'hui complètement détruite, et qui, en retraite sur le second étage, couronnait le mausolée.

Ce superbe tombeau a été tout entier bâti avec de belles pierres de taille d'un très-grand appareil et provenant d'une carrière creusée dans les flancs d'une montagne voisine de Dougga. On pénétrait dans les chambres du premier étage par deux ouvertures rectangulaires, tournées l'une vers l'est, l'autre vers le nord; le second étage n'avait qu'une entrée. Ces ouvertures étaient fermées au moyen d'une dalle qui se baissait ou se levait à volonté, engagée qu'elle était dans deux rainures verticales et parallèles.

Parmi les blocs épars ou pêle-mêle entassés qui obstruent les abords du monument, j'ai aperçu du côté droit le tronc d'une statue de femme ailée; la tête, les bras et les jambes manquent: j'ai remarqué aussi sur un bloc long de un mètre soixante centimètres et large de quatre-vingt-neuf centimètres un haut-relief représentant un char traîné par quatre chevaux. Le conducteur qui les dirige est très-mutilé: les chevaux paraissent s'avancer au galop; ils sont figurés avec hardiesse, mais de cette manière un roide qu'on observe soit dans l'enfance, soit dans la décadence de l'art. De l'autre côté du mausolée, j'ai trouvé également une seconde statue de femme ailée, mutilée comme la première, et un haut-relief identique au précédent. Ces deux statues et ces deux reliefs identiques au précédent. Ces deux statues et ces deux hauts-reliefs devaient orner la partie supérieure, aujourd'hui écroulée, du moment au pied duquel on les voit maintenant.

A quelle époque et pour quels personnages a été construit ce mausolée ? C'est là une question que seule peut résoudre l'inscription bilingue dont j'ai parlé. Celle-ci est depuis quelques années au Musée Britannique de Londres, où a été transportée la tablette sciée sur la pierre qui en était revêtue. La planche ci-jointe, que M. le duc d'Albert de Luynes a fait graver d'après l'original, pourra permettre aux orientalistes, par le soin minutieux avec lequel elle a été exécutée, de rectifier les explications données par Gesenius d'après les copies relevées en Tunisie par MM. Grenville-Temple et Honegger. C'est à eux qu'il appartient, en l'interprétant, d'en tirer toutes les conclusions que l'on peut en déduire.

A sept heures du soir, je remonte au village, où nous nous installons tous dans la maison d'un habitant.

 21, 22, 23 et 24 juin.

 Durant ces quatre jours consécutifs, j'explore attentivement les ruines de Dougga, pratiquant des fouilles en plusieurs endroits et copiant partout les inscriptions ou fragments d'inscriptions que je rencontre. Les trois qui suivent renferment le nom antique de cette localité.

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Sur un piédestal engagé dans le mur d'une maison:

Remarquez à la quatrième ligne et au commencement de la cinquième les mots:

mots qui nous donnent tous les noms de la colonie de Thugga.

 

337

Sur un piédestal que j'ai fait déterrer:

Ce Marcius Simplex, auquel les habitants de Thugga, pagus et cives Thuggenses, ont élevé une statue à cause de sa munificence, est probablement le même personnage dont nous allons retrouver le nom, ainsi que celui de son frère, sur un temple construit à ses frais et que je décrirai tout à l'heure.

338

Sur un piédestal que j'ai fait déterrer:

A la seconde ligne de cette inscription, les mots C – THVGGENSES, cives Thuggenses, sont trop apparents pour que j'aie besoin de les signaler à l'attention du lecteur.

Abordons maintenant l'examen rapide des principaux monuments dont les ruines ont survécu à la destruction de Thugga.

 Sans revenir sur le grand mausolée que j'ai déjà décrit, je citerai:

 1° Un temple consacré à la fois à Jupiter et à Minerve. Le portique ou pronaos en est encore assez conserve. Il se compose de six belles colonnes corinthiennes, dont quatre de face et deux sur les côtés. Ces colonnes ont une circonférence de trois mètres; la distance qui les sépare est de deux mètres quatre-vingt-quinze centimètres. Elles ont été polies avec beaucoup de soin, et le chapiteau qui les couronne accuse un travail fin et délicat. Sur la frise du pronaos règne une inscription qui est aujourd'hui en partie effacée; mais il est assez facile de restituer les mots qu'on ne peut plus lire: voici ceux que j'ai pu déchiffrer:

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Cette inscription nous révèle le nom des deux divinités qui étaient adorées dans ce temple; celui de l'empereur sous le règne duquel il a été bâti, celui aussi des deux citoyens qui l'élevèrent à leur frais. Le nom d'un seul, à la vérité, est maintenant visible; mais comme il est reproduit de nouveau au-dessus de la porte de la cella conjointement avec celui d'un personnage de nom, prénom et surnom identiques et évidemment son frère, on est suffisamment autorisé à rétablir ici le nom que le temps a effacé.

Le fronton qui surmonte le portique est orné d'un haut-relief qui a beaucoup souffert. On distingue néanmoins au milieu du tympan un aigle gigantesque  aux ailes éployées, et à côté la tête d'un personnage très-mutilé. Le sujet représenté est très-problablement, comme le pense S. Grenville Temple, l'enlèvement de Ganymède par l'aigle de Jupiter.

La cella a perdu depuis longtemps sa forme primitive. Grossièrement rebâtie à l'époque chrétienne, elle a été alors divisée en trois nefs aboutissant à trois autels, deux latéraux, placés sous une espèce d'encadrement rectangulaire, et un troisième central, qui servait de maître-autel. Ce dernier s'élevait sous une petite coupole ou abside demi-circulaire. Cette enceinte mesure environ quatorze mètres trente centimètres de large. La porte qui y donnait entrée est encore debout. Les montants qui la forment sont d'une seule pièce, bien qu'ils aient sept mètres de haut; il en est de même de l'architrave ou linteau qui repose sur ces deux pieds*droits et dont la longueur est de six mètres cinquante centimètres.

Sur cette architrave on lit:

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Ce sont les prénoms, noms et surnoms des deux frères qui de leur propre argent érigèrent ce monument. S. P. F. (sua pecunia fecerunt).

Il appartient actuellement à l'un des principaux paysans de Dougga, dans l'enclos duquel il a été renfermé.

Comme on avait eu le soin de le placer dans une position fort bien choisie, les ruines qui en subsistent s'aperçoivent de très-loin et elles produisent un effet des plus pittoresques et des plus remarquables, surtout lorsqu'elles reflètent, au déclin du jour, les derniers rayons du soleil qui en dore la surface, ou que, pendant la nuit, la lune en les éclairant doucement de sa lumière argentée semble en agrandir les proportions, à cause des ombres mystérieuses qu'elles projettent alors.

2° Un second temple corinthien. Il était situé sur un plateau qui domine à pic une vallée, mais qui est commandé lui-même par un autre plateau plus élevé qu'occupait jadis une citadelle. Ce temple est maintenant renversé de fond en comble. Il consistait en une cella dont les fondations seules sont encore reconnaissables sur quelques points. Cette cella était précédée d'un portique soutenu par six colonne corinthiennes d'un seul fût: actuellement brisées, elles gisent çà et là sur le sol; elles étaient séparées les unes des autres par un intervalle de deux mètres quarante centimètres.

Sur l'emplacement de ce temple détruit, on remarque plusieurs blocs considérables revêtus des fragments d'une grande inscription qui jadis, sans doute, avait été gravée sur la frise du portique.
Voici les divers fragments que j'ai copiés sur cinq blocs différents:

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1° Sur un bloc long de deux mètres cinquante centimètres et haut de soixante-six centimètres:

2° Sur un bloc long de deux mètres quarante-quatre centimètres et haut de soixante-six centimètres:

3° Sur un bloc long de deux mètres cinquante centimètres et haut de soixante-six centimètres:

4° Sur un bloc long de deux mètres quarante-deux centimètres et haut de soixante-six centimètres:

5° Sur un bloc long de deux mètres quarante-deux centimètres et haut de soixante-six centimètres:

La hauteur des lettres sur ces cinq blocs est de seize centimètres.
D'autres blocs identiques aux précédents sont également près de là revêtus de caractères appartenant à la même inscription; mais ces caractères sont tellement effacés, qu'il m'a été impossible de les déchiffrer.

3° Un théâtre. La demi-circonférence qu'il décrit est formée par un puissant mur en blocage et mesure cent cinquante-quatre pas de développement. Les gradins sont parfaitement conservés, ainsi que les petits escaliers, pratiqués de distance en distance, qui permettaient aux spectateurs de se placer ou de sortir plus facilement. Ceux-ci étaient garantis des rayons du soleil par un velarium dont les supports étaient enfoncés dans des trous que l'on distingue encore. Une galerie voûtée régnait sous les gradins supérieurs. La scène et l'orchestre sont actuellement envahis par un fourré épais d'énormes cactus. Ce monument était précédé d'un portique dont quelques colonnes sont encore à leur place.

4° Un arc de triomphe. Les habitants de la localité le désignent sous le nom de Bab-er-Roumi ou Bab-er-Roumia (porte du chrétien ou de la chrétienne). Toute la partie supérieure en est renversée: les pieds-droits sont seuls debout; ils ont deux mètres quarante-trois centimètres de large. Ils étaient ornés, sur leurs deux faces, de deux pilastres, de deux colonnes et d'une statue placée dans une niche. L'ouverture de l'arcade est de trois mètres quatre-vingt-huit centimètres. Sur la frise du monument on lisait autrefois une inscription dont les deux fragments suivants gisent à terre sur deux blocs différents:

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Sur un bloc long d'un mètre cinquante centimètres et haut de quatre-vingt-un centimètres:

A la seconde ligne, le mot FILIO  a remplacé un autre mot qui a été effacé et gratté avec le ciseau, et il est lui-même comme encadré dans une sorte de cartouche, la surface de la pierre, par suite de cette circonstance, ayant été creusée plus profondément en cet endroit.

A la troisième ligne l'O de SEVERO renferme intérieurement un I placé ainsi pour le barrer.
Sur un second bloc identique au précédent et dont le haut est brisé:

A la deuxième ligne, l'O final des deux premiers mots est également barré par un I.
La hauteur des caractères sur ces deux blocs est de douze centimètres.

5° Un troisième arc de triomphe dans une partie tout opposée de la ville. Sauf les assises inférieures des pieds-droits, il est entièrement démoli; l'ouverture de l'arcade était de cinq mètres douze centimètres. Je n'ai trouvé aucune trace d'inscription sur les gros blocs rectangulaires provenant de cet édifice, qui sont confusément entassés en cet endroit.

6° Une grande enceinte demi-circulaire affectant la forme d'un théâtre. Le mur qui enferme et délimite cette enceinte est encore debout: il est en simple blocage, mais peut-être était-il revêtu autrefois d'un appareil de pierres de taille. Cet hémicycle mesure soixante-cinq pas environ de diamètre. L'intérieur en est aujourd'hui hérissé de broussailles, de cactus et de figuiers sauvages. Au centre de ce fourré, on distingue encore les fondements en belles pierres de taille d'un édifice rectangulaire rasé jusqu'au sol et qui avait seize mètres quarante-trois centimètres de long sur neuf mètres cinq centimètres de large. En y pratiquant en divers endroits quelques fouilles, j'y ai découvert sur neuf blocs les fragments épigraphiques qui suivent:

343

Sur un bloc long d'un mètre quarante centimètres et haut de cinquante centimètres:
 

Hauteur des lettres: dix centimètres.

344

Sur un bloc de deux mètres cinquante-six centimètres et haut de quarante centimètres:

Hauteur des lettres: douze centimètres.

345

Sur un bloc long de deux mètres treize centimètres et haut de cinquante centimètres:

Hauteur des lettres: douze centimètres; celle des T est de seize centimètres.

346

Sur un bloc long de deux mètres trente-six centimètres et haut de quarante-sept centimètres:

Hauteur des lettres: douze centimètres; celle des T est de seize centimètres.

347

Sur un bloc long d'un mètre quatre-vingt-seize centimètres et haut de cinquante centimètres:

Hauteur des lettres: douze centimètres; celle des T est de seize centimètres.

348

Sur un bloc long de deux mètres vingt-cinq centimètres et haut de quarante-sept centimètres:

Hauteur des lettres: douze centimètres; celle des T est de seize centimètres.

349

Sur un bloc long de deux mètres cinquante centimètres et haut de cinquante centimètres:

Hauteur des lettres: douze centimètres.

350

Sur un bloc long de deux mètres trente centimètres et haut de cinquante centimètres:

Hauteur des lettres: douze centimètres.

351

Sur un bloc de deux mètres cinquante centimètres et haut de cinquante centimètres:

Hauteur des lettres: douze centimètres.

Ces différents fragments semblent appartenir à trois inscriptions distinctes, malheureusement très-incomplètes.

7° Une citadelle. Les murs qui l'environnaient sont aujourd'hui en grande partie renversés; ils étaient flanqués, de distance en distance, de tours carrées. Ils paraissent dater de l'époque byzantine, ayant été construits ou peut-être seulement relevés avec des matériaux provenant de monuments plus anciens. Parmi ces matériaux, j'ai remarqué un certain nombre de pierres sépulcrales, la plupart en forme d'autel et revêtues d'inscriptions très-effacées.

8° Une grande construction voûtée, reste d'un établissement thermal.

9° Les vestiges d'un édifice considérable dont les fondations seules sont très visibles.

10° Indépendamment du superbe mausolée dont j'ai parlé plus haut, plusieurs autres monuments funèbres presque entièrement démolis. Sur l'emplacement de l'un de ces monuments, aujourd'hui complètement renversé, on lit l'inscription qui suit; elle est gravée sur un beau bloc gisant à terre:

352

353

Un second bloc, voisin du précédent, porte une épitaphe en vers élégiaques, formant deux colonnes parallèles:

11° Deux fontaines qui alimentent encore d'eau les habitants de Dougga et dont les réservoirs sont antiques.

12° De nombreuses citernes éparses çà et là, et, entre autres, trois vastes systèmes de citernes publiques.
L'un se compose de trois réservoirs parallèles longs de quarante aps sur six de large: les voûtes qui les couvraient sont écroulées.
Le second contient sept réservoirs parallèles, longs également de quarante pas et larges de six. L'endroit qui en revêtait les parois existe encore en beaucoup d'endroits.
Le troisième renferme six réservoirs parallèles, de la même longueur et de la même largeur que les précédents.
Pour la beauté de la construction, ils égalent les célèbres piscines de Carthage; ils sont malheureusement aujourd'hui en partie comblés, et une végétation luxuriante de cactus, d'oliviers sauvages, de figuiers et de broussailles, a pris racine dans le limon fetile qui les remplit. Néanmoins, deux de ces réservoirs sont à peu près intacts. Ils étaient jadis alimentés par un canal souterrain qui existe encore et qui leur amenait les eaux d'une source abondante éloignée de quelques kilomètres au sud de Dougga.
A l'endroit où ce canal débouche dans ces citernes est un petit réduit de forme circulaire qui n'est autre choses qu'un ancien regard dont la partie supérieure est bouchée. Les Arabes de la localité et des environs y vénèrent sous le nom d'Oum-er-Roula (la mère de la Goule) une magicienne, en l'honneur de laquelle ils viennent quelquefois brûler des parfum. A les en croire, bien qu'elle soit âgée de plusieurs centaines d'années, elle vit toujours et habite, mystérieuse et invisible, les profondeurs du souterrain.

suite page 137


Auteur: René CAGNAT, Docteur ès Lettres, et Henri SALADIN, Architecte
Voyage en Tunisie
Source: Revue «Le Tour du Monde».
Publication: 1888. 2ème semestre

De Teboursouk à Dougga

Dougga s'élève au sommet d'une colline située à sept kilomètres environ au sud-sud-ouest de Teboursouk. La partie nord-nord-ouest de cette colline est abrupte et forme une falaise élevée dont une partie a servi de carrière pour construire la ville antique. Celle-ci était très étendue, et le village arabe actuel n'occupe qu'environ un tiers de la superficie qu'elle contenait.

L'accès du bourg par le chemin de Teboursouk nous semble assez pénible et la route assez fastidieuse; pourtant à mesure que nous approchons, les oliviers qui couronnent les pentes du Kef-Dougga (rocher de Dougga) commencent à paraître, entourés de murs en pierres sèches et de figuiers de Barbarie; enfin le chemin, boueux et défoncé par les troupeaux, monte rapidement, et nous apercevons les premières maisons de Dougga. Dès que nous paraissons, le cheik, prévenu de notre arrivée, vient à notre rencontre et nous installe dans une des premières maisons du pays, à deux pas du théâtre antique.

Dès que nous avons rangé les divers objets que nous avons apportés, nous nous empressons de parcourir les rues de Dougga et d'admirer les ruines du mausolée punique dont nous donnons un dessin page 134.

Ce monument remarquable portait une inscription bilingue libyco-punique qui fut jadis enlevée par sir Thomas Read, consul d'Angleterre à Tunis, et transportée au British Museum où elle est actuellement; elle a été d'une grande utilité pour déterminer plusieurs caractères de l'alphabet libyque.

 

Malheureusement les Arabes de Dougga que le consul avait chargés d'extraire la pierre qui l'intéressait, étaient si peu outillés pour faire ce travail, qu'ils trouvèrent plus simple de démolir la partie supérieure du mausolée afin d'agir tout à leur aise. C'est ainsi que fut à moitié détruit un édifice qui était parvenu presque intact jusqu'à une époque rapprochée de nous puis nous en avons encore un dessin, dû au crayon d'un autre Anglais, Caterwood et qui ne remonte qu'à 1832. Il avait encore à cette époque son ordre du premier étage, sa corniche supérieure et les amortissements diagonaux, situés au bas de la pyramide supérieure à gradins qui les surmontait.

Comme c'est le seul monument actuellement connu et encore debout qui nous reste de la civilisation punique, on comprend de quel intérêt il était pour nous; aussi revînmes-nous plus tard le photographier et le mesurer dans tous ses détails. Après lui avoir fait notre première visite, nous continuons notre excursion d'investigation jusqu'au bas de la colline, où se trouvent les vergers de Dougga, pleins d'arbres fruitiers; nous remarquons parmi eux de fort beaux grenadiers, dont on nous fait goûter les fruits tout à l'heure. Nous remontons ensuite dans le village en contournant des ruines qu'on a attribuées aux thermes de la ville antique. En arrivant sur une petite place située près de la maison de notre guide, Salah ben Lecheb, nous découvrons enfin la délicieuse façade du temple de Jupiter et Minerve avec des fines colonnes cannelées, ses chapiteaux presque intacts, sa longue frise portant une inscription en l'honneur de Marc-Aurèle et de Lucius Verus, son entablement et son fronton avec les modillons et les rosaces, les sculptures si délicates de la corniche et son aigle déployée qui se détache sur le tympan du fronton, emportant sur son dos la figure divinisée de l'empereur.

Nous traversons encore le village dans sa longueur, pour explorer les ruines situées derrière les jardins entre ceux-ci et les escarpements de la falaise. Partout des inscriptions entières ou mutilées sont encastrées dans les murailles modernes. De tous côtés on aperçoit des murs romains, à demi écroulés, qui cachent des masures arabes. Les jardins qui s'étendent au nord-ouest de Dougga nous réservent une surprise: à travers les oliviers nous entrevoyons un arc d'une silhouette élégante: c'est la porte de la Chrétienne, Bab-er-Roumia, comme disent les Arabes.

Cet arc est découronné et ne possède plus ni les chapiteaux de ses pilastres, ni ses colonnes, ni son entablement; il est cependant si harmonieusement encadré par les oliviers et d'une façon si pittoresque qu'on ne peut s'empêcher d'admirer ce joli monument.

Nous avons encore le temps de monter vers les citernes qui sont auprès de Bab-er-Roumia; il y en a d'autres de l'autre côté du chemin qui mène des jardins au village; nous jetons un coup d'œil sur les dolmens qui nous ont été signalés par le lieutenant Boyé; mais déjà le soleil baisse sur l'horizon, ses derniers rayons dorent les murs des maisons de Dougga, les rebords des terrasses, le fronton et les colonnes, et les fragments de la façade postérieure du temple. Il faut que nous rentrions.

[…]

Le temple possède encore sa façade intacte, et si l'administration du service des Antiquités et des Arts disposait de ressources suffisantes pour le dégager en partie, elle ferait une œuvre dont la nécessité est absolue au point de vue de la conservation du monument; les décombres et les masures qui l'entourent l'exposent à des dégradations constantes. De plus, les infiltrations des terres environnantes, imprégnées de salpêtre à cause de la quantité énorme de fumier qu'elles contiennent, ruinent peu à peu les parties enterrées; nous nous en sommes bien aperçus dans les quelques sondages que nous y avons faits.

De la cella même du temps il ne reste plus que des débris; elle était en partie en petits matériaux qui se sont désagrégés peu à peu et ont disparu. La porte à crossettes qui y donnait accès est restée intacte. Les montants en sont d'une seule pierre, bien qu'ils n'aient pas moins de sept mètres de haut; le linteau qui repose sue ces deux montants mesure six mètres cinquante et est également formé d'un seul morceau; on y lit les noms des donateurs, Lucius Marcius Simplex et Lucius Marcius Regillianus. Ce n'est pas une des moindres curiosités de Dougga que de voir cette porte ainsi plantée dans le sol, alors que le mur dont elle faisait partie est à jamais détruit. Cette cella était autrefois recouverte de stuc où étaient figurés des pilastres cannelés d'ordre corinthien répondant à l'ordre des colonnes du portique. L'enduit a complètement disparu, dans les parties visibles, mais nous en avons retrouvé des fragments assez importants sur la façade postérieure. L'édifice a été englobé à l'époque byzantine dans une enceinte fortifiée peu semblable à toutes celles qui couvrirent alors l'Afrique.

Nous ne devons pas passer sous silence les citernes de la ville, qui à divers endroits se remarquent encore. Ce sont, comme celles du Kef, des berceaux parallèles en nombre variable, percés, dans leur partie supérieure d'ouvertures carrés; aujourd'hui elles servent en partie de greniers ou d'écuries aux habitants de Dougga. Les sources qui fournissaient l'eau à la cité antique sont amenées des montagnes voisines par un aqueduc souterrain qui date de l'époque romaine; on en reconnaît encore le tracé près des citernes; on entend même bruire l'eau sous le sol de la route à l'endroit où elle passe sur cet aqueduc. On peut en suivre la direction pendant une certaine distance, grâce aux regards ou puits verticaux qui y étaient pratiqués et dont un grand nombre sont demeurés visibles.

Plus loin, en remontant vers le plateau supérieur, nous remarquons quelques dolmens et, au-delà, un emplacement allongé aux extrémités duquel sont des vestiges de constructions demi-circulaires; on a voulu, sans aucune preuve d'ailleurs, y voir un stade; cependant des vestiges de gradins de remarquent encore dans les parois de la partie supérieure de la falaise, qui se relève à cet endroit.

L'histoire n'a pas parlé de Dougga; il n'en est question que dans Procope, à propos de la citadelle que Justinien y construisit et dont les restes subsistent de nos jours, couronnant le plateau rocheux qui domine la ville.

 Naturellement, on a pillé pour bâtir cette enceinte fortifiée, les monuments d'une époque antérieure et surtout les cimetières.

 Ceux-ci étaient assez nombreux autour de la ville. L'une se trouve près de la citadelle, à l'ouest; deux autres, près de Bab-er-Roumia, un au nord, l'autre à l'ouest; enfin un quatrième s'étage sur le penchant de la montagne du côté du sud. A côté de tombes modestes comme celles que l'on rencontre dans les moindres ruines, il en existe de plus somptueuses, de plus ornées; çà et là on suit les fondations de quelques grands mausolées détruits aujourd'hui. L'un d'eux portait une pièce de vers, moins longue, il est vrai, que celle du tombeau de Kasrin, dont nous avons parlé plus haut, mais assez soignée comme facture et assez recherchée comme idées.

En somme, la ville antique, qui se nommait Thugga (le nom moderne n'est qu'un souvenir de l'ancien), était une des plus prospères de la région, s'il faut en juger d'après ce qu'il en reste aujourd'hui. Sicca Veneria ne devait guère être plus étendue, et pourtant c'était une des capitales du pays. Si les monuments n'y ont pas la grandeur de ceux de Haïdra ni de Sbeitla, en revanche ils appartiennent à un art bien plus soigné; les colonnes des temples de Sbeitla ne sont qu'épannelées, tandis que celles du temple de Dougga sont parfaitement achevées, et le tombeau qui portait l'inscription bilingue était un édifice bien plus original que le mausolée, en forme de temple, de Haïdra.


Auteur: Henri SALADIN
Description des antiquités de la Régence de Tunis.
Rapport sur la mission faite en 1882-1883

DOUGGA (Thugga)

Les ruines de Dougga s'élèvent à 7 kilomètres environ sud-sud-ouest de Teboursouk, au sommet d'une colline assez élevée dont la partie nord et nord-ouest est abrupte et formée par une falaise escarpée, tandis que du côté du sud-est son escarpement est moins rapide, et que vers l'ouest elle se raccorde avec le massif du Djebel-bou-Khrobaa.
Un village arabe s'est établi sur l'emplacement de Dougga ou plutôt l'antique Thugga après la conquête arabe est devenue un smple village. Les habitants doivent être d'une race fort mélangée de Berbères, car il n'est pas rare de voir parmi eux des individus blonds aux yeux bleus, à la barbe légèrement fauve, tout différents comme aspect et comme gestes des Arabes de la  plaine.

Résumons, avant de décrire les ruines de Thugga, les quelques renseignements que les auteurs nous donnent sur la ville antique.
Ptolémée mentionne entre Bagrada et Thabraca. Il est probable que commettant à l'égard du Bagrada la même erreur que quand il parle de   il prend l'Oued-Khalled qui passe près de ces deux villes pour un bras du Bagrada.

Epoque punique:
Au moment où Aghathocle à la fin de son expédition en Afrique (de 310 à 306 av. J.-C.) est rappelé en Sicile, il confie à son fils Archagate le soin de continuer la guerre. Celui-ci envoie Eumaque à la tête d'une petite armée s'emparer de la citadelle de située dans un lieu élevé et soumettre les populations numides qui l'environnent, il est vraisemblable que n'est autre que Dougga.

Epoque romaine:
Voici d'après le Corpus (C.I.L, VIII, 1478 et suiv.) l'histoire des développements de Dougga:
Sous le règne de Claude, Thugga est un pagus, une inscription (anno 118 J.-C.) lui donne le titre de civitas; au IIIe et IVe siècle Thugga devient municipe et enfin en 261 sous Gallien, colonie.  Nous indiquerons dans la description des ruines l'indication de monuments de l'époque chrétienne (évêque de Thugga; Morcelli, Afr.chrt. t1, p.334). Justinien au moment de la conquête byzantine y fait construire une citadelle: c'est très probablement l'ensemble dans lequel le temple de Jupiter, Junon et Minerve a été englobé.

Nous allons retrouver ici des monuments de toutes ces époques et même des monuments probablement antérieurs à l'époque punique, des sépultures et des fortifications mégalithiques.
Le travail que je vais exposer sera très long et doit se diviser, pour plus de clarté, en trois parties bien distinctes:
1° Description générale de Dougga.
2° Monuments antérieurs à la conquête romaine.
3° Monuments postérieurs à cette époque jusqu'à la conquête arabe.

Le premier paragraphe comprendra la description topographique du village avec l'indication des ruines, leur description sommaire; je suivrai dans ce travail le plan topographique des ruines de Dougga, dressé avec le plus grand soin et beaucoup d'exactitude par M. Marius Boyé, lieutenant au 6e cuirassiers. Ce plan que j'ai eu à ma disposition, grâce à l'obligeance de M. Boyé, m'a permis de m'orienter à Dougga et de reconnaître rapidement les points principaux à étudier. Je n'ai eu que très peu de chose à ajouter comme indications à ce travail.
J'aurai quelquefois à mentionner dans le cours de ce travail d'autres renseignements tirés des matériaux réunis à Dougga par M. Boyé. Qu'il reçoive ici mes remerciements pour l'obligeance avec laquelle il m'a autorisé à m'en servir.
Dans le second paragraphe nous étudierons les monuments primitifs de Dougga, sépultures mégalithiques, fortifications primitives. J'aborderai ensuite l'étude du mausolée punique, après avoir tracé brièvement l'historique et les origines de l'art punique et son évolution jusqu'à la conquête romaine. La stèle de Dar-Lecheb sera décrrite aussi, ainsi que deux fragments libyques. Je ne dois pas oublier les deux nécropoles anté-romaines, sépultures mégalithiques au nord, nécropole punique au sud.
Nous entreprendrons enfin en troisième lieu l'étude des monuments suivants:

- Le temple de Jupiter, Junon et Minerve;
- Le temple du nord-est;
- Le théâtre;
- Un édifice indéterminé,
- Les citernes, les aqueducs et les thermes ainsi que les sources;
- Les portes triomphales;
- Les nécropoles romaines;
- Le stade et les carrières;
- Les fortifications.

[...]

1. DESCRIPTION GENERALE DE DOUGGA

Le village actuel de Dougga s'élève sur une partie du plateau supérieur et sur les pentes sud-sud-est d'une colline assez élevée, formée, ainsi que toutes les montagnes de cette région, par le relèvement d'une couche très épaisse de calcaire. Cette formation, que nous avons si fréquemment remarquée en Sicile et en Tunisie, donne au paysage un aspect tout particulier. Du côté où le soulèvement s'est produit, une brisure profonde a fissuré, dans toute son épaisseur, la couche relevée qui se dresse à une très grande hauteur en forme de falaise escarpée. De l'autre côté, la pente, plus douce, s'étend par de longues parties inclinées jusqu'aux points les plus bas des vallées adjacentes. Dougga présente cet aspect. Le flanc nord composé de rochers abrupts est presque inaccessible, le côté oriental est moins difficile à aborder quoique le chemin qui mène de Teboursouk à Dougga soit très escarpé dès qu'on approche du village. Les côtés sud-est, sud et sud-sud-ouest au contraire forment des pentes peu rapides couvertes aujourd'hui d'oliviers, de figuiers de Barbarie et de jardins fertiles. Le village arabe occupe à peine un quart de la superficie de la ville antique; ses maisons grossièrement construites s'étagent confusément sur les de la colline, au sommet de laquelle se détache le temple de Jupiter, avec son fronton intact et ses élégantes colonnes corinthiennes; plus loin, à gauche, les teintes grisâtres des rochers limitent les belles plantations d'oliviers qui s'étendent de ce côté. Sur les flancs du village, à droite et au centre, les jardins, les plants d'oliviers et les cactus se succèdent jusqu'à la vallée au fond de laquelle circule le petit ruisseau produit par la source du sud.

Quand on arrive de Teboursouk à Dougga par le chemin du bas de la ville, on aperçoit, en haut et à droite, quelques pans de mur indéterminés qui indiquent le temple du nord-est. Si l'on pénètre dans le village, on rencontre une petite place encombrée de fragments antiques. De ce point nous allons partir pour examiner le site de chacun des édifices de Dougga. D'abord par le chemin qui se trouve à droite, on arrive aux ruines du théâtre, puis en franchissant les cactus qui encombrent le passage, on suit la crête de la colline jusqu'au temple nord-est; mais en continuant vers la gauche la ligne terminale de la falaise où se voient de nombreux restes de l'acropole, à l'angle extrême de cette partie, on rencontre des murs encore debout qui limitent ici la ville antique: une partie de ces murs est antérieure à la conquête romaine, une partie byzantine. Sortant de là par une brèche, nous atteignons une nécropole contenant des sépultures mégalithiques et des tombes romaines, le stade et après lui les carrières. Revenant sur nos pas, par le chemin indiqué sur le plan, nous arrivons aux grandes citernes et à la source du nord: de là, à travers les oliviers et les cactus, nous parcourons les jardins qui s'étendent au nord-ouest du village, et nous découvrons la partie postérieure de la cella du temple, la porte Bab-er-Roumia, de grandes citernes, une nécropole romaine (cippes), un édifice rectangulaire au milieu d'une enceinte demi circulaire, qui pourrait être considéré comme un petit temple, et à l'ouest les nombreux regards de l'aqueduc de la source du nord et des citernes; plus loin, sur la colline, un tombeau romain en ruines. Reprenant le chemin indiqué en pointillé, nous rentrons dans Dougga en laissant à notre droite les ruines d'une abside trilohée d'époque chrétienne, celles de quelques mausolées et des pans de murs. A l'entrée du village, nous nous arrêtons pour remonter le long des murs byzantins, puis nous rentrons à Dougga, et en laissant à notre droite la maison de Lecheb, où se voient un bas-relief néo-punique, un bas-relief libyque et une porte romaine, nous nous dirigeons vers le temple dont on aperçoit le fronton et les six colonnes au-dessus des terrasses des maisons. De là, nous revenons au point  où nous somme entrés dans Dougga; nous suivions pendant quelque temps le mur de fortification et à la source du sud, puis nous descendons à travers les jardins jusqu'au mausolée punique et à la nécropole punique. Vers l'est, nous relevons les restes très reconnaissables d'un arc de triomphe, qui de ce côté servait de porte à la ville et nous remontons ensuite vers Dougga à travers les oliviers, au milieu desquels surgissent de tous côtés des pans de murs, et s'ouvrent des constructions dont les voûtes effondrées sont béantes à nos pieds.

2.EDIFICES ANTERIEURS A LA CONQUETE ROMAINE ET MONUMENTS DE CETTE EPOQUE

1° Dolmens:


Ces dolmens se trouvent en dehors de l'enceinte fortifiée, plusieurs près de l'angle nord ouest de cette enceinte, d'autres au delà du stade. Ils consistent en larges pierres posées au-dessus d'un espace vide limité par d'autres pierres analogues posées debout. Je les signale après M. Marius Boyé, qui est le premier à les avoir mentionnés. Il est fort possible que ces dolmens ne datent que de l'époque punique, car il est probable que malgré l'établissement des Phéniciens en Afrique, les autochtones auront conservé leurs traditions relatives au mode de sépulture, et que même après l'occupation carthaginoise, cette tradition se sera maintenue, de même que par exemple, de nos jours en Océanie, la fabrication des outils et des armes de pierre se poursuit encore traditionnellement et parallèlement aux travaux entrepris par les colons européens avec toutes les ressources de la civilisation moderne. Je n'ai pu les fouiller, faute de ressources suffisantes; néanmoins je donne une vue des deux dolmens à l'angle  nord-ouest de la citadelle. Celui de droite a été mutilé, car la dalle de recouvrement a été brisée. Celui de gauche est intact.
2° Fortifications:


Une partie du flanc nord de l'acropole sur les rochers à pic est construite en gros blocs réguliers de forme parallélipipédique rectangle; ces blocs sont d'une assez grande dimension, et contrairement aux autres matériaux employés dans la construction des murs de Dougga qui sont taillés généralement avec soin, ceux-ci sont seulement dégrossis comme par éclats. L'aspect fruste de ces matériaux me porte à y voir des murs antérieurs à la conquête romaine, postérieurs à la construction des dolmens, mais antérieurs à la construction du mausolée punique, dont les matériaux sont taillés avec une si grande perfection. Ces fortifications auraient donc appartenu à la forteresse prise par Archagate, fils d'Agathocle.
3° Stèles libyques:
Dans la maison de Lecheb nous trouvons incrusté dans le dallage un fragment de stèle de 0m,40 de large (fig. 66=); deux autres fragments ont été reconnus auprès du mausolée punique, à 50 mètres environ en contre-bas de ce monument. Voici un croquis du plus intéressant de ces fragments (fig. 67).
Le premier fragment (fig. 66) consiste en une stèle de pierre dont la face défoncée présente en relief une figure humaine tenant les bras élevés au-dessus de la tête et les mains jointes, le tout traité d'une façon très barbares. Je le rapprocherai des fragments que j'ai décrits dans un rapport précédent. (Rapport de 1882, fig.362, n° 7-8.)
Le second fragment (fig. 67) est la partie supérieure d'une stèle en pierre. Le haut de la stèle se termine en demi-cercle; dans un faible défoncement, on a réservé en relief une figure humaine dont la tête et le haut du torse subsistent seuls, très grossièrement indiqués.
En comparant ces fragments avec les monuments de la basse époque romaine que nous connaissons, nous ne pouvons que les trouver essentiellement différents de ceux-ci: le faire absolument primitif de ces fragments nous porte à les croire de l'époque punique, et à les attribuer à cette population libyque qui peuplait tout le massif montagneux de l'Afrique du nord.
4° Mausolée punique (fig. 68):


Ce monument remarquable n'était connu jusqu'ici que par des croquis de Catherwood, croquis à petite échelle, et des dessins de Bruce qui n'avaient pas été mis au net et qui sont restés à l'état d'esquisse. J'en donne ici de nombreux dessins: l'ensemble des faces ouest et sud, les mieux conservés, montrant l'état actuel du monument; une vue de la face montrant le détail de l'intérieur bouleversé; l'ensemble donné par Bruce; le détail du chapiteau de l'ordre inférieur des pilastres d'angle; le chapiteau ionique des colonnes du premier étage; vue de perspective, d'après Bruce et Catherwood; les plans à différents niveaux; une élévation d'ensemble et les détails des deux statues et des bas-reliefs.
Le monument dans son état actuel (sur la face ouest qui est le mieux conservée) présente un soubassement carré, décoré sur ses faces d'une fausse fenêtre dans l'axe. Ce soubassement repose sur six gradins de 0m,42 de hauteur en moyenne. Labase du soubassement est un plinthe surmontée d'un talon reversé et d'une seconde plinthe. Des pilastres surmontés de demi-chapiteaux à volutes décorent les angles de ce soubassement. Son entablement se compose d'une architrave unie surmontée d'un listel. Trois gradins surmontent cette corniche au-dessus de laquelle s'élèvent une portion de l'étage supérieur, la partie de l'angle à droite et la partie du milieu;

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DESCRIPTION DE LA REGENCE DE TUNIS
Auteur: Edmond PELLISSIER de Reynaud
Paris, Impr.
Imperiale, 1853

Les ruines que l'on voit à Douga, à peu près de distance de Teboursouk, doivent compter parmi les plus importantes de la régence de Tunis. Ce sont celles d'une grande ville dont les débris couvrent au moins 4 kilomètres carrées. On y distingue un arc de triomphe assez médiocre, la cella d'un fort beau temple, un grand corps de logis simple et sans ornement comme une caserne. Le pronaos de la cella du temple est encore debout, ainsi que le chambranle de la porte et les murs du fond et du côté de l'enceinte. Le pronaos se compose de quatre colonnes corinthiennes de face et deux de côté. Les colonnes ont 3 mètres 20 centimètres de circonférence et sont espacés de 4 mètres. L'entablement et le fronton sont très-ornés. On lit sur le fronton:

Au-dessus de la porte on lit:

J'ai trouvé sur une pierre carrée l'inscription suivante, où l'on voit que le nom de la cité était Thugga, dont le nom moderne se rapproche beaucoup:

Shaw et sir Grenville Temple ont rapporté, des ruines de Douga, d'autres inscriptions où on lit également le nom de Thugga. Il serait assez naturel de penser, à cause de la ressemblance des noms, que c'est ici la Tucca de Ptolémée; mais la ville que le géographe d'Alexandrie nomme ainsi est placée par lui et par les autres géographes beaucoup plus à l'ouest, ainsi que je l'explique dans mon mémoire sur la géographie ancienne de l'Algérie. D'un autre côté, Douga ne saurait être la Tucca Terebenthina de l'Itinéraire d'Antonin. qui était bien plus au midi; ainsi il ne reste qu'à s'étonner qu'une ville de l'imprtance de notre Thugga n'ait été mentionnée par aucun auteur de l'antiquité.
On trouve au milieu des ruines de Douga, dont Bruce et Peyssonnel ont beaucoup exagéré la magnificence, une belle et abondante source, ce qui a déterminé la formation d'un petit hameau arabe, dont les habitants vivent misérablement sous les débris de l'antique Thugga.
Au-dessous des hauteurs de Douga, et à une petite distance de cette localité, on trouve, dans un lieu appelé Heudja, les ruines d'un fort grand château, qui a été le municipium Agbiensium, indiqué entre Thignica et Musti par la Table de Peutinger, sous le nom d'Agbia.


Source: Bulletin archéologique de Sousse. 1905
Auteur: ICARD. Membre correspondant

NOTES SUR LES DOLMENS DE DOUGGA

Dès les premiers jours de mon arrivée à Téboursouk, février 1901, j'ai profité des rares dimanches que le service m'accordait pour fouiller les quelques dolmens de Dougga que mes prédécesseurs n'ont pu dégager.
Ces monuments ont été si souvent étudiés qu'une description détaillée ne s'impose pas; mais je crois nécessaire de faire connaître le résultat de mes fouilles.
En me tenant toujours sur le terrain archéologique, je vais me permettre d'avancer quelques opinions particulières suggérées surtout par la présence des objets mobiliers et par des monnaies.


J'ai ouvert cinq dolmens.

Le premier situé en bordure de la grande muraille qui fut l'enceinte byzantine, était simplement construit au moyen de grosses pierres placées verticalement. Il n'y avait pas de chambre souterraine; un homme aurait pu s'y coucher dessous, les jambes ployées. Ces blocs étaient recouverts par un autre bloc de pierre brute de 3m de longueur.
Il n'y avait sous ce dolmen qu'un seul squelette assez bien conservé posé sur le sol et accompagné par un petit récipient en terre grossière, à gros grains, affectant la forme d'un quart de soldat. Une petite monnaie très épaisse recouverte d'une belle patine verte, trouvée près du squelette, portait à l'avers une tête de Proserpine couronnée d'épis de blé, au revers un cheval au galop à droite.

Le deuxième tombeau, je veux dire dolmen, était de beaucoup le plus intéressant.
Il se composait d'une chambre creusée dans la roche, ayant une entrée sur le côté qui fait face au sud. Pour y pénétrer, il fallait descendre par un escalier assez large et de trois marches.
Les murs, très bien construits avec des pierres bien travaillées et surtout bien assemblées, avaient les dimensions suivantes:
Longueur: 1m70, largeur de la fosse: 1m,15; hauteur: 1m50. Un bloc de 4m de longueur, 1m50 de large recouvrait la fosse, la partie supérieure des murs effleurant le sol actuel.
Ce dolmen a donné une centaine d'objets dont la plupart étaient en poterie grossière à gros grains, (fig.1).

J'ai été étonné de rencontrer une grande quantité de plats forme assiette creuse avec une boursouflure au centre, d'un diamètre variable, (fig.2). Ils étaient quelquefois emboîtés par groupe de cinq à six.
Presque tous ces objets ont été décrits, mais seulement au point de vue anthropologique, par M.Carthaillac dans son livre intitulé: « Matériaux pour servir à l'histoire de l'homme.»
Cette notice complète ses renseignements et fait mieux connaître une fois de plus, ces dolmens de Dougga.
Des débris d'objets en fer, une chaînette également du même métal et une monnaie étaient enfermés dans un vase muni de deux anses. La monnaie portait à l'avers une tête jeune de profil  à droite et couronnée, au revers un taureau.
Trois autres monnaies ont été trouvées au fond de la chambre sous les squelettes. Peuvent-elles permettre de déterminer l'époque de ces dolmens ? Nous verrons à la fin de cette notice la description de ces monnaies.
Une trentaine de squelettes étaient disposés par couches, sans ordre, recouverts par une terre fine, blanche et poussiéreuse.
Les têtes, ou plutôt les crânes, étaient généralement coiffés par un vase profond et évasé en forme de bol. D'un diamètre de 0m30 environ, ils étaient en terre grossière recouverts d'une fine couche d'un vernis qui disparaissait assez facilement à la lumière.
C'était probablement une fosse commune ayant appartenu aux nombreuses tribus berbères qui habitaient sur le plateau.

Le troisième dolmen était à peu près semblable à celui décrit plus haut, la fosse en était un peu plus profonde, toutefois les murs de la chambre étaient moins bien construits. Je n'ai trouvé que trois squelettes qu'accompagnaient une dizaine d'objets en terre mieux façonnés et surtout mieux cuits. La première impression que j'ai eue et que j'ai conservée, a été que ces poteries avaient une grande ressemblance avec celles si souvent découvertes dans les nécropoles puniques. Quelques petites urnes avaient un couvercle. J'ai découvert sous ce dolmen deux boucles d'oreilles que j'ai conservées dans ma collection. Elles sont en argent. Un couteau en fer a été également trouvé au milieu des ossements. Je joins à l'appui de cette description la photographie d'un petit récipient, 1/8 grandeur, que l'on retrouve souvent dans les nécropoles romaines et puniques de Tunisie, (fig.3).

Dans le cinquième dolmen la grosse pierre recouvrait des pierres placées verticalement formant une fosse non creusée dans le roc. Un fait à remarquer dans ce dernier, c'est l'absence complète des plats, forme assiettes creuses et la présence d'une quarantaine de fioles en forme de bouteille à col allongé, en terre cuite, (fig.4).

Au point de vue archéologique, l'époque de la construction de ces dolmens pourrait être déterminée.
Que dire de ces fioles en terre cuite que l'on rencontre si souvent dans les nécropoles romaines de la Tunisie. Près de Téboursouk, dans des tombes à incinération du 1er siècle après notre ère, j'en ai trouvé une centaine absolument du même type.

Que dire aussi de ces monnaies d'origine grecque ou punique ? trouvées au fond des fosses. Une d'elles, très bien conservée, recouverte d'une belle patine brune, représente une tête casquée à droite, au revers un cheval marchant à droite. Cette monnaie quoique très bien conservée dénote un travail grossier; on croirait même que les traits de la figure, tant ils sont forts, ont été gravés au burin ! A l'avers, le cheval avait six pattes, défaut provenant de la frappe ou du moulage.

Les autres monnaies se rapportent au type des monnaies de Numidie autonome.
Ces dolmens ne peuvent pas avoir appartenu à l'époque mégalithique. Ils peuvent appartenir à une époque où l'influence phénicienne se faisait déjà sentir sur les races berbères ou libyennes, immédiatement après l'occupation des villes du littoral. A moins que les Berbères se soient retirés dans les hauts plateaux pour échapper au joug de Carthage et ce serait alors les vestiges d'une race, non éteinte, non assimilée à cette époque, mais influencée par les nouveaux occupants, qui nous est permis d'étudier.

Sousse, le 18 juin 1905,

ICARD.

Membre correspondant


Auteur: Dr Carton
Découvertes épigraphiques et archéologiques faites en Tunisie (région de Dougga)
Publication: Société des sciences de l'agriculture et des arts de Lille. Mémoires. Vème série. Fascicule IV. Année: 1895

C. Groupe mégalithique de Dougga.

Les sépultures s'y rencontrent soit disséminées parmi les rochers et dans les champs, soit réunies en deux points principaux constituant deux nécropoles bien distinctes, l'une placée à l'ouest de l'acropole de la ville romaine, l'autre située à 2 kilomètres plus au sud.
A l'ouest du Kef Raba, dans un champ, il y a un dolmen d'une excellente conservation, que j'ai photographié.
Il est constitué par trois supports verticaux surmontés d'une table (fig. 163).

Entre le Kef Dougga et la colline sur laquelle s'élevait Thugga, au milieu d'un champ, sur une petite éminence rocheuse de 20 mètres de diamètre, j'ai remarqué deux dolmens, placés côte à côte, dans une enceinte en pierres brutes. Ils sont très enfouis, et en matériaux très grossiers.
La
colline sur laquelle s'élevait Thugga est brusquement interrompue au nord par une immense falaise taillée à pic, de plus de 100 mètres de hauteur. Elle présente en quelques points des terrasses d'un accès difficile, sur lesquelles, parmi les blocs écroulés, on rencontre des dolmens de toutes formes. On remarque aussi des auges taillées dans le rocher, semblables à celles de Teboursouk, et des sépultures romaines, avec stèles sculptées en relief sur les parois des rochers.

Il est difficile d'évaluer le nombre des mégalithes de ce groupe. Mais il s'élève certainement à plusieurs centaines. La diversité des formes y est extrême. Voici les plus caractéristiques de celles que j'ai observées.

C'est d'abord ce que l'on a appelé le demi-dolmen. L'un d'eux est situé sur une terrasse, à mi-hauteur de l'escarpe-
ment; c'est presque une pierre levée (fig. 164).

La table, de forme triangulaire, est plus épaisse vers l'un des angles, qui est à 2 mètres de hauteur au-dessus du sol, alors que les deux autres le touchent presque. Elle est calée par des blocs de dimensions inégales, et repose sur un dallage formé par cinq pierres posées à plat autour d'une pierre centrale. Plusieurs gros blocs forment un alignement partant de ce monument et parallèle à la muraille. Ce sont sans doute également des sépultures.

La figure ci-contre représente l'un d'entre eux, mesurant 1m,50 de hauteur, et calé par d'autres pierres plus petites.

A environ 50 mètres immédiatement au-dessous de ce demi-dolmen, se trouvent les deux auges dont j'ai parlé, et à quelques mètres d'elles, un petit dolmen présentant à sa partie supérieure une cupule creusée par la main de l'homme.

On sait que les dolmens à cupules sont assez rares en Afrique. M. Ch. Velain en a rencontré un chez les Béni Snassen, au Maroc, et il en a été trouvé aussi un autre dans la province de Constantine chez les Oulad Mohamed.

Celui dont il s'agit se compose d'une simple dalle reposant sur une grosse pierre, dont elle est séparée par quelques petites cales. La dépression hémisphérique est très régulière et on voit nettement à son intérieur la trace des coups portés à l'aide d'un
instrument. Son diamètre est de 0m, 15, sa profondeur de 0m,08.

Un plan incliné, placé à l'extrémité occidentale de l'escarpement, mène de sa base à son sommet. Il est bordé de nombreux dolmens très simples. L'un d'entre eux repose par une de ses extrémités sur une grosse pierre, et par l'autre sur le sol, de sorte que, grâce à l'inclinaison de celui-ci, sa table est horizontale. La forme de cette dalle est hexagonale.

Sur le plateau lui-même, entre l'hippodrome de la ville et l'escarpement, on trouve, parmi de beaux et grands cippes romains, quelques mégalithes bien conservés.

L'un d'entre eux est posé sur un banc à surface oblique, complètement dénudé, Aussi, dès que sa table a été enlevée, ses pierres disjointes, tout son contenu a glissé et a été emporté par les eaux de pluie. Pour arriver à donner à cette sépulture une symétrie extérieure, il a fallu la former avec des pierres de grandeurs inégales, les plus hautes étant placées sur la partie la plus déclive. En outre, cette tombe n'est pas formée par trois ou quatre dalles verticales ou par un mur, mais par une série de piliers qui font qu'au premier coup d'oeil on doute si l'on se trouve en présence d'une enceinte ou d'un dolmen. L'absence de terre en ce point doit faire admettre que, depuis sa construction , la roche a été très dénudée ou que le corps était déposé simplement sur celle-ci.

On trouve, sur plusieurs des pierres de cette nécropole, les traces certaines de coins. Ce n'est pas une raison suffisante, à mon avis, pour les considérer comme contemporaines de l'époque romaine ou postérieures.

Entre l'hippodrome et l'acropole punique, sur un espace de 40 mètres de longueur, sont plusieurs sépultures mégalithiques très intéressantes. Quelques-unes d'entre elles sont à fleur de sol. Quoique ce type passe pour assez répandu en Afrique, et que Pallary entre autres en ait vu à Bel Abbès, ce point est le seul j'en ai rencontré au cours de mes investigations en Tunisie. Au premier abord rien n'indique leur présence, tant la dalle supérieure se confond avec les rochers voisins, et c'est sous l'oeil de spectateurs très sceptiques à l'égard du résultat de ma fouille, que je fis une tranchée sur le côté est d'une de ces tables.

Quand mes hommes arrivèrent à 50 centimètres de profondeur, ils découvrirent l'entrée, comblée par de la terre, de la chambre funéraire.

La dalle qui la surmontait est une des plus considérables de celles que j'aie rencontrées parmi les mégalithes du pays. Elle mesure 6 mètres de longueur sur 3 mètres de largeur. On pourrait croire que, sans la transporter, l'on a simplement pratiqué, au-dessous d'elle, la chambre funéraire. Les parois de celle-ci sont d'une grande régularité et formées par un mur de 0m,80 de hauteur en longues pierres posées à plat et séparées par de petites pierres de calage. Elle renfermait deux squelettes dans un état de conservation remarquable, étendus sur le dos, la tète à l'ouest. Sur les côtés étaient de grands vases en terre grossière. Celui qui était placé à la gauche a 0m,15 de hauteur; celui de droite, fait au tour, est d'une forme assez insolite dans ce genre de tombes. La tranchée creusée en avant a mis au jour une sépulture romaine renfermant une lampe à estampille et un unguentarium.

Un autre dolmen enterré est situé auprès de là. Ses dimensions sont plus restreintes. Son orientation est la même. Les poteries, très brisées, étaient en pâte grossière.
J'y ai recueilli un nombre considérable d'ossements incinérés qui datent sans doute d'une époque plus récente et indiquent qu'il y a eu un ossuaire considérable, peut-être une fosse commune.

En outre de ces dolmens enfouis, on trouve encore auprès d'eux des cercles constitués, comme ceux de Teboursouk, par des pierres en forme de voussoirs, à côté des tombes romaines. Il serait intéressant de fouiller à fond ce point qui a recevoir un grand nombre de sépultures de tout âge.

Un des cercles de pierre rappelle exactement la belle tombe à sarcophages jumeaux de Teboursouk. Son plus grand diamètre est de 6 mètres. Son ouverture, comme celle de tous les dolmens situés en ce point, regarde vers l'est.

Près de se trouve un autre dolmen. Trois pierres, grossièrement taillées et plantées dans le sol, supportent la table à demi brisée, dont la face supérieure, élevée de l m,30 au-dessus du sol, offre des cavités très curieuses. Elles sont au nombre de trois. La plus grande a une forme à peu près hémisphérique ; elle mesure horizontalement 0m,23 x 0m,27, et a 0m,15 de profondeur. Elle est accolée à une rainure ayant 0m,55 de longueur, 0m,18 de largeur et 0m,10 de profondeur. Les deux autres dépressions ont en partie disparu avec le fragment de la table qui a été brisé. Elles avaient une forme rectangulaire. La mieux conservée a 0m,45 de longueur, 0m,30 de largeur et 0m,10 de profondeur.

 

J'ai observé dans la région de Bulla Regia (V. Essai de topographie archéologique sur la région de Souk el Arba, 1891. Atlas, PI. III, fig. 7.) et dans celle de Dougga, un certain nombre de cavités de ce genre situées non pas à la surface des dolmens, mais sur des rochers. Ce sont des urnes cinéraires romaines, comme on peut le constater à Teboursouk où, ainsi qu'il a été dit plus haut, quelques-unes d'entre elles sont encore surmontées d'une inscription. A Dougga même, auprès du temple de Saturne, j'ai trouvé une disposition du même genre offrant une cavité cylindrique adjacente à une rainure. Voici donc une sépulture mégalithique, dont à l'époque romaine la table, laissée en place, a été taillée de façon à recevoir des ossements incinérés et à supporter une stèle funéraire placée dans la rainure dont il a été question. Ce dolmen est certainement antérieur aux cavités.

Près de lui s'en trouve un autre qui est remarquable par sa conservation et sa régularité, comme le montre la figure ci-jointe faite d'après une photographie. On remarquera que dans ce dernier mégalithe , l'un des supports, au lieu d'être fiché dans le sol, y a été posé à plat et calé à l'aide d'une petite pierre.

Le deuxième groupe est situé au sud-ouest de Dougga, sur une colline qui fait face aux ruines de la cité romaine. Son emplacement est tel qu'il est resté inconnu jusque maintenant et que je ne l'ai moi-même découvert que peu de jours avant de quitter la contrée. Aussi n'ai-je pu en faire qu'une étude sommaire.

Les sépultures y sont au nombre de deux ou trois cents, sur un sol rocheux et infertile. Toutes sont du type des mégalithes de Teboursouk et, comme eux, très détruites, la dalle fermant le sarcophage à la partie supérieure ayant été enlevée. Le plus remarquable des cercles a 8 mètres de diamètre ; il est en matériaux taillés en forme de voussoirs et les trois assises qu'il présente encore sont en retrait l'une sur l'autre de 0m,07. Devant une telle disposition, on pense encore aux sépultures qui entourent le Medghasen et à certains monuments trouvés en Bretagne.

J'ai noté, autour de plusieurs dolmens, un dallage en gros blocs. Une autre sépulture offre une grosse pierre placée sur une crevasse. Les enceintes sont rondes, elliptiques ou carrées. L'une d'entre elles, circulaire, ne mesure pas moins de 20 mètres de diamètre. Une autre n'est pas formée entièrement par des assises de pierre, remplacées en partie par un banc de rocher en saillie. L'intervalle qui la sépare du sarcophage est comblé par un empierrement en petits matériaux. Enfin, j'ai remarqué plusieurs tombes jumelles comprises dans une même enceinte.

Toutes ces tombes, comme celles de Teboursouk, sont détruites ; on ne trouve point auprès d'elles les matériaux qui en ont été enlevés. Il est donc fort probable qu'ils ont été transportés ou débités pour servir à l'édification des monuments de Thugga. Cette explication, d'autant plus plausible que la nécropole est dans le voisinage d'une carrière, prouverait qu'elle est au moins antérieure à l'époque romaine.

Une voie antique longeait les sépultures. Au sud-ouest, elle est bordée par un mur en pierres de moyennes dimensions dont, en certains points, on voit encore deux assises en retrait l'une sur l'autre, la supérieure reposant à la fois sur l'inférieure et sur le sol.

Vers l'extrémité sud-est de la nécropole une éminence circulaire est couronnée par une tour très détruite, formée de blocs d'environ 0m,30 d'épaisseur. Une dépression existe à son intérieur. Son diamètre est de 20 mètres. Quelle était sa destination, sépulture, habitation, poste de vigie? Rien n'a pu me renseigner à cet égard. Peut-être était-ce simplement un choucha de grande élévation. Je remarquerai qu'on rencontre à Dougga les deux modes très différents de mégalithes qui ont été étudiés précédemment, celui du Gorra et celui de Teboursouk, c'est-à-dire dolmen seul et dolmen à enceinte, et que, d'autre part, malgré mes recherches, et quoique j'aie porté mon attention sur ce point, je n'ai pas trouvé de type de transition entre l'un et l'autre.