| AGBIA : Aïn Hedja | SOMMAIRE | |
| RECHERCHES BIBLIOGRAPHIQUES | CARTES POSTALES ANCIENNES | INSCRIPTIONS LATINES |
RECHERCHES BIBLIOGRAPHIQUES
| Thomas SHAW | 1743 |
| Albert de LA BERGE | 1881 |
| Edmond PELLISSIER de Reynaud | 1853 |
| Victor GUERIN | 1862 |
| J. POINSSOT | 1885 |
| M. DHIEL | 1893 |
Auteur: Thomas SHAW (1694-1751)
Titre : Voyages de M. Shaw (traduits de l'anglais)
Publication : La Haye. J. Neaume, 1743
Beissons, le Municipium Agbiensium, est peut-être le Baisa de la première des Inscriptions qui vont suivre,est bâti sur une colline, environ à une lieue de Tuber-soke et à demi lieue de Dugga. On y trouve les vestiges de deux Temples anciens, et d'un Fort ou Château plus moderne. Parmi les ruines je lus les Inscriptions suivantes:

Albert
de LA BERGE (1845-19..)
Titre : En Tunisie
Publication : Paris. Firmin-Didot, 1881
Un peu plus bas dans la vallée est une autre localité nommée Heudja, et où l'on trouve des ruines d'un grand château, qui doit être le Municipium Agbiensium des Tables de Peutinger; une inscription trouvée plus loin à Kern-el-Kech semble indiquer qu'une ancienne route romaine avait été construite par Constantin dans cette région.
Auteur:
Edmond PELLISSIER de Reynaud
DESCRIPTION DE LA REGENCE DE TUNIS
Paris, Impr. Imperiale, 1853
Au-dessous des hauteurs de Douga, et à une petite distance de cette localité, on trouve, dans un lieu appelé Heudja, les ruines d'un fort grand château, qui a été le municipium Agbiensium, indiqué entre Thignica et Musti par la Table de Peutinger, sous le nom d'Agbia. Cette synonymie est établie par une inscription que Shaw et sir Grenville Temple en ont rapportée, mais qui n'existe plus, ou que, du moins, je n'y ai pas retrouvée. Mais j'en ai rapporté celle qui suit, prise sur une colonne milliaire portant le n°LXXXII:

Auteur: Victor GUERIN (1821-1891)
Titre: Voyage archéologique dans la Régence de Tunis en 1860
Publication: Paris. H. Plon, 1862
CHAPITRE SEIZIEME
De Dougga à Hedjah - Henchir Kern-el-Kebch - Arrivée à Hedjah, description de cet henchir, l'ancien municipium Agbienne - Retour à Téboursouk
25 juin
A huit heures trente minutes du matin, nous abandonnons les ruines de Dougga pour gagner celles d'Hedjah. Notre d irection est celle du sud, puis du sud-est. Le sentier que nous suivons serpente d'abord à travers plusieurs collines.
A huit heures quarante-cinq minutes, nous
franchissons l'Oued-ez-Zègue; les rives en sont bordées de magnifiques lauriers-roses.
A neuf heures quinze minutes, nous parvenons à l'henchir Kern-el-Kebch. Situé sur
la pente d'une montagne au milieu d'un champ de blé, il consiste principalement en une
enceinte longue de quarante-sept pas et large de vingt-deux, dont le pourtour est indiqué
par une rangée de gros blocs, les uns presque bruts, les autres bien équarris. A côté
de cette enceinte, qui semble avoir eu une destination militaire, sont plusieurs citernes
en partie comblées.
A cent pas de là, une source sort des flanc rocheux de la montagne, et ces flancs
eux-mêmes ont été jadis exploités comme carrières.
A dix heures trente-cinq minutes, nous faisons halte près de l'Aïn-Héjah, sur l'emplacement de l'henchir du même nom. Cette source abondante forme un oued; elle alimentait autrefois une petite ville aujourd'hui complètement renversée et qui l'était peut-être dès l'époque byzantine, car la citadelle qui existe encore en ce lieu et qui offre les caractères de cette dernière époque a été bâtie tout entière avec des matériaux appartenant à des édifices plus anciens. Les murs en sont hauts et solides; ils forment une grande enceinte rectangulaire, longue de soixante-douze pas et large de soixante-cinq, que flanquent quatre tours carrées. Une seule porte donne accès dans l'intérieur. Parmi les beaux blocs antiques qui revêtent les parois des tours et des courtines, on en remarque plusieurs sur lesquels on lit des inscriptions plus ou moins mutilées.

Cette inscription, déjà copiée par quelques voyageurs, ne laisse aucun doute sur l'identification que l'on doit faire de l'henchir Héjah avec le municipium Agbiense ou Agbiensium, l'Agbia de la Table de Peutinger, qui la marque entre Thignica et Musti, à VI milles de l'une et à VII de l'autre. Héjah est effectivement situé entre l'henchir Tunga (l'ancienne Thignica), au nord-est, et l'henchir Mest (jadis Musti), au sud-ouest. Seulement, je dois faire observer que si la distance indiquée dans la Table de Peutinger entre Agbia et Musti est exacte, il n'en est pas de même pour celle qui est donnée entre Agbia et Tignica; car, au lieu de VI milles il faudrait lire XI milles, cet intervalle étant, en réalité, celui quii sépare Héjah de Tunga.

Un quatrième bloc encastré dans les mêmes remparts est un ancien piédestal de statue dont la face visible est tout entière occupée par une assez longue inscription qui n'avait été jusqu'à présent copiée qu'en partie; la voici complète, sauf vers la fin, quelques mots qu'il m'a été impossible de déchiffrer, à cause de l'état de dégradation de la pierre en cet endroit:

La sixième ligne de cette inscription intéressante nous parle d'un temple des Cérès dont le portique, tombant de vétusté, avait été relevé par Cincius. Je n'ai point retrouvé sur l'emplacement des ruines d'Agbia les vestiges de cet édifice sacré; il a été, ainsi que ce municipe lui-même, renversé de fond en comble. Cette désignation de temple des Cérès, TEMPLI CERERVM, peut paraître surprenante au premier abord; mais, comme Proserpine, fille de Cérès, est appelée souvent par les pooëtes la Cérès des enfers, Ceres inferna, il est tout naturel de penser que ce temple était dédié en même temps à Cérès et à Proserpine, c'est-à-dire aux deux Cérès du ciel et des enfers, et que, pour cette raison, il s'appelait temple des Cérès.
En dehors de la citadelle dont je viens de parler, l'henchir Hejah ne présente plus rien qui mérite d'être signalé, à l'exception de quelques citernes et d'un certain nombre de pierres tumulaires, revêtues d'inscriptions pour la plupart très-effacées, voici celles que j'ai pu déchiffrer:





Avant de quitter cet henchir, je copie sur un bloc enfoncé verticalement dans le sol, long d'un mètre quarante centimètres sur quarante centimètres de large, la ligne suivante, faible reste d'une inscription monumentale qui n'existe plus:

A quatre heures du soir, nous nous mettons en marche pour Teboursouk.
A quatre heures vingt minutes, je rencontre sur la route une ancienne borne milliaire dont la partie inférieure est brisée; l'inscription qu'elle porte est par conséquent incomplète.

Quatre ou cinq lignes manquent.
A six heures trente minutes du soir, nous atteignons Teboursouk.
Auteur:
J. POINSSOT
Voyage archéologique en Tunisie. Période: 1882-1883
Source: BULLETIN DES ANTIQUITES AFRICAINES. TOME TROISIEME. 1885
Aïn Hedja (Agbia)

Les ruines d'Agbia couvrent un
mamelon entouré par deux ravins et dominant la voie romaine. Le seul édifice qui y soit
resté debout est une citadelle byzantine de forme rectangulaire ayant soixante mètres de
long sur cinquante de large (pl. XI).
Elle a été transformée en caravansérail, et parmi les chambres qui sont adossées à
l'intérieur de ses remparts, il en est plusieurs qui sont voûtés et de construction
ancienne. Au dessous, une source abondante sort d'un canal antique, et son nom Aïn Hedja
sert à designer les ruines de cette ville.

M. DHIEL
''Rapport sur deux missions archéologiques dans l'Afrique du Nord
(Avril-juin 1892 et mars-mai 1893)''
A quelques kilomètres au sud de Teboursouk, sur un mamelon qui domine la voie romaine, on rencontre la redoute byzantine d'Aïn-Hedja, construite sur l'emplacement de l'antique Agbia. C'est un fortin de dimensions assez restreintes: il mesure à l'intérieur 36m.10 du nord au sud, et 30m,60 de l'est à l'ouest. Il présente le type habituel des ouvrages militaires de moyenne étendue: c'est un rectangle flanqué aux coins par quatre tours carrées. Quoique les Arabes aient transformé la forteresse en un cavansérail, et que l'intérieur soit tout rempli de parasites adossées aux murailles, le monument cependant offre un assez vif intérêt. La plus grande partie des remparts est demeurée intacte: seul, le front sud, fort réparé, a perdu son aspect primitif, et la tour nord-ouest, qui était peut-être un reste d'un édifice plus ancien, est complètement éboulée aujourd'hui.
Les murailles ont 1m,95 d'épaisseur; elles sont, selon l'usage, bâties au moyen de matériaux antiques, et de nombreux fragments d'inscriptions sont encastrés dans le revêtement. Comme d'ordinaire, elles sont formées d'un double parement de pierres de taille, avec entre-deux de blocage. Dans les parties inférieures du mur, la construction est assez soigneusement faite; les assises sont à peu près régulièrement disposées, et quoique les blocs de toutes dimensions s'entassent un peu au hasard, indifféremment placés de champ ou en délit, pourtant l'aspect général est assez important encore. Dans le haut de la muraille, au contraire, on a adopté un procédé plus économique et plus rapide. Comme à Aïn-Tounga, comme à Téboursouk, on s'est contenté ici de simples chainages en grands matériaux, avec remplissage de moellons dans les intervalles; sur les deux faces du rempart on observe ce système de construction, assez signicatif pour déterminer la date approximative de la citadelle.
Les tours meseurent respectivement, à la tour nord-ouest, 16 mètres sur 7m,70; à la tour nord-est, 7m,90 sur 7m,40; à la tour sud-est, 7m,80 sur 6m,60; à la tour sud-ouest, 7m,80 sur 5,60. Cette dernière est particulièrement bien conservée. Un couloir large d'un mètre et précédé d'une petite pièce voûtée, conduit dans la salle du rez-de-chaussée, haute de 4m,60, et mesurant 3m,80 sur 2m,60. Actuellement cette salle est couverte d'une voûte en berceau; toutefois cette voûte parait être de contruction arabe, et à l'époque byzantine un simple plafond de bois séparait sans doute les rez-de-chaussée de l'étage. Cet étage, haut de 3m,80, prenait jour sur la face de la tour par une étroite meurtri-re; il s'ouvrait sur l'intérieur du château par une grande fenêtre fermée par un linteau. Enfin, par le chemin de ronde, on accédait à un second étage; malheureusement, cette partie supérieure de la tour est fort endommagée.
Dans ce même angle sud-ouest de la citadelle était établi
l'escalier qui donnait accès au chemin de ronde. Quoiqu'il ait été réparé et
partiellement refait par les Arabes, ses dispositions essentielles sont aisément
reconnaissables et fort intéressantes. Large de 1m,60, il s'élevait le long de la
muraille, d'abord orienté de l'ouest à l'est; puis, tournant brusquement à angle droit,
il montait du nord au sud. Il était porté sur un massif de maçonnerie,et, dans sa
supérieure, sur une série de hautes arcades. L'une d'entre elles, complètement intacte,
mesure 1m,85 d'ouverture; elle est fermée par un cintre en très bel appareil, qui
pourrait avoir été emprunté à quelque édifice ancien: comme à Haïdra et à
Aïn-Tounga, on y remaruqz, à la naissance de l'arc, des saillies destinées à appuyer
le cintrage; elles sont formées, d'un côté au moins, à l'aide de fragments de
sculpture antique (fig.4). Une autre arcade, dont une portion se voit encore, engagée
dans la maçonnerie arabe, se trouvait, à un niveau un peu plus bas, à côté de la
première. Toutes deux, soutenaient l'escalier et une partie du chemin de ronde, établi
sur le dessus des courtines à une hauteur de 9 mètres, et où il reste quelques vestiges
ces créneaux élevés qui formaient le parapet extérieur.
Au pied de la tour de l'angle sud-est, on observe un autre détail fort intéressant. A la
base du mur on voit encore le passage par où l'alimentation d'eau était assurée aux
défenseurs de la citadelle. A quelques mètres du rempart, jaillit une source, que les
Byzantins avaient captée et, par une conduite souterraine, amenée vers la forteresse. Au
point indiqué, cette conduite traversait le rempart, s'élargissant en une large chambre
d'eau ménagée à la base de la muraille et qui est encore fort reconnaissable.
La redoute d'Aïn-Hedja occupait une importante position stratégique, le long de
l'Oued-Khalled, dans un défilé assez difficile: aussi les Grecs avaient-ils occupé les
issues de la gorge. Au sud, un fortin était établi à Henchir-Douameus-mat-Oued-Remel et
commandait de ce côté les approches du passage; au nord, la citadelle d'Agbia en barrait
l'issue et surveillait toute la plaine découverte que parcourt la rivière.
Par sa contruction, la fortresse d'Aïn-Hedja est évidemment contemporaine de celles d'Aïn-Tounga et de Téboursouk: le système employé pour bâtir les parties supérieures des murailles et des tours en est la preuve certaine. Ce groupe de citadelles date donc de la seconde moitié du VIe siècle, et entre les forifications de l'époque justinienne et les redoutes hâtivement élevées au VIIe siècle, il montre de façaon fort intéressante les procédés d'une période de transition. On y voit coment peu à peu la cvonstruction byzantine s'est accommodée de partis plus expéditifs et plus sommaires; on y trouve précieux éléments de comparaison pour dater certains ouvrages fortifiés; on y apprend enfin qu'après le grand effort du règne de Justinien, les gouverneurs grecs d'Afrique tinrent à honneur de continuer l'oeuvre entreprise par leur glorieux prédécesseur, et que, jusqu'aux derniers jours de la domination impériale, ils montrèrent, pour la défense de la province, une sollicitude constante et une infatigable activité.